Des maisons rasées, des routes dévastées par des bulldozers et des quartiers en chantier : Hanoï, en quête d’un statut de métropole mondiale, subit une véritable métamorphose qui affecte directement ses habitants.
Le plan de développement sur cent ans, adopté par les autorités vietnamiennes, prévoit d'importantes infrastructures, telles que des ponts, des lignes de métro, de nouveaux logements et des aménagements le long des berges.
La ville, qui compte déjà huit millions d’habitants, pourrait voir sa population doubler d'ici 2045, entraînant des déplacements massifs de centaines de milliers de personnes.
Les dirigeants communistes espèrent transformer le Vietnam en un pays développé, soutenu par des investissements colossaux dans les infrastructures. Toutefois, cette rapidité de mise en œuvre provoque un malaise parmi les résidents, beaucoup d'entre eux craignant des expropriations.
"Je n'ai jamais vu une telle vélocité d'action de la part des autorités", témoigne Hung, un homme d'affaires de 51 ans dont la maison a été détruite pour permettre la construction d'un pont au-dessus du fleuve Rouge, un projet estimé à 750 millions de dollars.
"Mon père y a vécu toute sa vie, il connaissait chaque coin, chaque visage, et maintenant tout ça a disparu si rapidement", ajoute-t-il, souhaitant rester anonyme.
Bien qu'il ait reçu une compensation de 10 milliards de dongs (environ 380.000 dollars) et un terrain en zone rurale, il estime que la valeur de son bien était presque trois fois supérieure.
"La construction d'un pont est bénéfique pour tout le monde, sauf pour nous", lâche-t-il avec un soupir.
- Plus de 800.000 personnes déplacées -
Hanoï, autrefois une cité d'un demi-million d'habitants, a connu une explosion démographique dans les années 1980 et 1990, grâce à des réformes économiques. Les nouveaux arrivés ont bâti des logements sur des terrains sans titre, créant des quartiers calamiteux.
Pour mieux structurer cette croissance, la municipalité a tenté d'établir un cadre urbanistique. Cependant, ces plans ont souvent été ignorés, explique Danielle Labbé, una experte en urbanisme à l'université de Montréal.
Dans le cadre d'une nouvelle initiative, le président du Vietnam, To Lam, a promis un "nouveau modèle de croissance" avec un programme de constructions ambitieux, facilité par une simplification des démarches administratives.
Le projet de mégapole comprendra sept nouveaux ponts et plus de 1.200 kilomètres de transport en commun, pour un coût prévu de 2.500 milliards de dollars sur deux décennies.
Des infrastructures comme des routes élargies et des systèmes de drainage devraient également être mises en place pour prévenir des inondations amplifiées par le changement climatique.
Environ 11.000 hectares des berges seront transformés en parcs et en logements, entraînant le déplacement d'environ 250.000 personnes, bien que certaines estimations atteignent 860.000 déplacés.
Bien que les autorités contestent ces chiffres, le département d'architecture et de planification urbaine d'Hanoï n'a pas encore fourni de précisions.
La population semble globalement favorable à ce développement, toujours selon Mme Labbé. Cependant, la rapidité des changements et l'absence de consultation ont engendré des frustrations.
Le plan de plus de 1.000 pages n'a été soumis au public pour consultation que durant quelques jours.
- Influence grandissante de la Chine -
Ho Chi Minh Ville, ex-Saïgon, se prépare aussi à une transformation similaire, avec son propre plan de développement sur 100 ans, aligné sur un programme d'infrastructures qui rappelle les méthodes de la Chine. Cette influence est difficile à ignorer, selon Labbé.
Phan, une femme de ménage retraitée de 69 ans, se prépare à voir sa maison de quatre étages, abritant trois générations de sa famille, détruite cette semaine suite à un avis d'expulsion qu'elle a reçu en février.
"Nous sommes dans une situation précaire et devons emprunter de l'argent", confie-t-elle, les larmes aux yeux.
Les autorités lui ont offert un appartement beaucoup plus petit, mais sa famille n'a reçu qu'une indemnisation limitée de 500 millions de dongs, faute d'un titre de propriété formel.
"Nous vivions heureux, serrés ensemble, trois générations sous un même toit", se souvient-elle avec douleur. "Maintenant, nous sommes dispersés. C'est l'une des plus grandes douleurs".







