Dans le sillage de l'ère numérique, plier une carte routière peut sembler anachronique, mais cette pratique garde une valeur inestimable pour planifier des voyages ou explorer des itinéraires alternatifs. Le journaliste et écrivain Jean-Claude Raspiengeas, auteur de La France à la carte (Éditions des Équateurs), incite à la préservation de ces guides du passé souvent relégués aux fonds de tiroirs.
En raison de la popularité croissante des systèmes GPS tels que Google Maps et Waze, l’intérêt pour les cartes routières a fortement diminué. "Ces outils sont indéniablement pratiques pour localiser un chemin direct", admet Raspiengeas. Cependant, il souligne que "les cartes offrent un ensemble d'informations que les GPS ne peuvent pas fournir", ajoutant qu'elles restent une source de connaissances essentielle pour les voyageurs.
Cette tendance alarmante se traduit par une baisse des ventes : Philippe Sablayrolles, responsable de la cartographie chez Michelin Éditions, indique une diminution de 5 à 7 % des ventes par an. Autrefois à 20 millions d'unités, les ventes annuelles de cartes Michelin ne dépassent plus 2 millions. Toutefois, Sablayrolles se veut positif, notant qu'une carte est encore vendue toutes les 25 secondes en France.
"Nous résistons, mais la transition est inéluctable".
Le renouveau des cartes thématiques
La carte routière classique, toujours populaire, est rejointe par une gamme de cartes thématiques qui mêlent culture et tourisme. Michelin se diversifie avec des cartes correspondant à des circuits de découverte, de roadtrips européens, et même d'itinéraires pour cycles. La carte récente, La France des savoir-faire, met en avant 350 lieux d'intérêt à visiter.
"L'utilisation de la carte s'est transformée; elle sert aujourd'hui à préparer un voyage plutôt qu'à le réaliser".
Jean-Claude Raspiengeas défend l'idée selon laquelle la carte permet aux voyageurs de garder leur liberté, contrairement aux GPS qui imposent un parcours préétabli. "Le GPS nous dirige sans ménagement : 'tournez à gauche', 'allez tout droit', au lieu d'encourager l'exploration", s'indigne-t-il. Il évoque également les changements dans la signalisation routière, qui tendent à réduire l'indication de distances au profit de temps de trajet.
Bien que ces nouvelles applications soient perçues par certains comme des outils pratiques, Raspiengeas observe un changement culturel significatif, qui peut déconnecter les utilisateurs de leur sens de l'orientation traditionnel. "Les disputes de navigation au sein des véhicules appartiennent désormais au passé, puisque le GPS est un interlocuteur difficile à accuser d'erreurs". Pour lui, la poésie des cartes mérite d'être préservée, même dans ce monde en évolution rapide.







