Dans une interview approfondie accordée à VA+, Mathieu Bock-Côté se livre comme jamais auparavant, abordant son amour pour la bonne chère, son attachement à la culture française, ainsi que la perte récente de son père, une figure centrale de sa vie. Ce dialogue riche en émotions oscille entre mélancolie et joie de vivre, offrant une perspective à la fois politique et personnelle.
Il y a quelque chose d'intrinsèquement français chez Mathieu Bock-Côté. Peut-être est-ce sa façon de parler du vin comme d'une véritable culture, ou encore cette sensibilité intellectuelle couplée à un goût pour les plaisirs terrestres. Il martèle que le combat d'idées ne prend sens que s'il s'accompagne d'une certaine élégance de vivre.
Dans l'émission « Un verre avec » sur VA+, l'essayiste québécois a partagé ses réflexions lors d'une conversation à la fois politique et personnelle avec Tugdual Denis. Au-delà de l'image de polémiste souvent véhiculée, apparaît un homme attaché à la convivialité, à l'amitié, et à une mélancolie empreinte de bonheur.
Le bon vivant
« J'aime de l'existence ce qui déborde », confie-t-il d'emblée. Il évoque le plaisir d'un banquet prolongé, des repas qui s'étirent, à l'image d'une philosophie politique se nourrissant de gastronomie. Pour Bock-Côté, ces moments sont des actes de résistance face à « l’assèchement » de notre époque et à « au terrifiant puritanisme des temps modernes.
Co-auteur avec Laurent Dandrieu de Le Pessimiste joyeux, il revendique un art de vivre mêlant whiskys tourbés et Châteauneuf-du-Pape, représentant d'une culture qui rejette le mantra « ne débordez jamais en rien », qu'il juge asséchant.
Ce bon vivant cache un intellectuel préoccupé par la décadence de l'Occident. En évoquant son rôle dans le débat public, il cite Raymond Aron, se qualifiant de « spectateur engagé », tout en assumant un côté combatif : « Il y a le pôle raisonnable… et puis il y a l’autre ». Son objectif ? « Dire le vrai », pour comprendre « l’esprit du temps » et lutter contre les illusions idéologiques d'aujourd'hui.
Confidences sur son père et le Québec
La trajectoire du Québec émerge tout au long de cette interview, marquée par des souvenirs intimes. Mathieu Bock-Côté partage son attachement profond pour cette province francophone qu’il observe se « dégrader » progressivement. Cependant, plutôt que de ressentir son déménagement en France comme un exil, il le considère comme un retour vers « le pays des ancêtres ». Son père, soucieux de l'indépendance québécoise, avait participé au fameux discours « Vive le Québec libre ! » de Charles de Gaulle en 1967.
La figure paternelle hante l'entretien, accentuée par le récent décès de son père. « Je lui dois tout », avoue-t-il, décrivant un homme dévoué à l'histoire française, transmettant une bibliothèque riche à son fils. « Les souvenirs qui remontent après sa mort ne sont pas ceux de l'homme diminué, mais de l’homme splendide qu’il a été toute sa vie. »
Le titre de son livre, Le pessimiste joyeux, prend alors tout son sens, évoquant la vision de son père : malgré les épreuves, « le plaisir du banquet justifie une existence riche. » Ce témoignage révèle un Mathieu Bock-Côté qui, en plus de ses convictions, exprime une sensibilité à la nostalgie, cette « petite tristesse qui accompagne l'existence ».
Le combattant et le contemplatif
Au coeur de la discussion, Bock-Côté exprime sa critique du multiculturalisme, qu’il considère comme « une doctrine inversant le devoir d’intégration », soulignant qu’il impose aux peuples historiques de s'adapter aux exigences des nouveaux arrivants. Bien que ses propos soient souvent inflammables, c’est la dualité de son caractère qui captive le plus : celui d'un combattant acharné sur les plateaux de télévision, mais aspirant aussi à une existence tranquille, entre histoire, vin rouge et chansons québécoises.
Ainsi, le secret de Mathieu Bock-Côté semble résider dans sa capacité à jongler entre pessimisme et plaisir, un conservateur qui, bien qu'inquiet pour l’avenir, célèbre les petites joies de la vie dans un monde en mutation.







