Le retrait inattendu de Philippe Dessertine a radicalement modifié le paysage du second tour à Bordeaux, le confrontant à un duel indécis entre le maire écologiste sortant Pierre Hurmic et l’ex-ministre macroniste Thomas Cazenave. La dynamique de ce scrutin repose principalement sur les reports de voix et la mobilisation des abstentionnistes.
Vincent Tiberj, politologue, souligne qu'« on passe d'une situation où Pierre Hurmic pouvait se faire réélire sans problème, à un face-à-face où Thomas Cazenave pourrait récupérer une partie significative des voix de Dessertine, potentiellement en position favorable ». Cependant, il précise qu'il n'y a « pas de report automatique », des électeurs ayant voté pour Dessertine étant plus conservateurs et pouvant hésiter à soutenir un candidat perçu comme représentant le système établi.
M. Cazenave, dont l'union de la droite et du centre a pris la deuxième place au premier tour, semble clairement cibler les 20,20% d’électeurs ayant voté pour Dessertine, un économiste qui se présente comme un candidat « hors système » et qui prône des mesures sécuritaires.
Lors d'un débat organisé par Sud Ouest et la chaîne Public/Sénat, le député Renaissance a affirmé partager « le même constat » que Dessertine, en déclarant que « la situation s'est dégradée sur le plan de la sécurité ». Il a proposé d'armer intégralement la police municipale et de promettre des améliorations significatives en matière de propreté et d'attractivité de la ville, y compris un moratoire sur la piétonnisation, une mesure controversée vue par certains comme néfaste pour le commerce de centre-ville.
En réponse, Pierre Hurmic a souligné que la réduction de l'espace consacré aux voitures dans la ville est la direction vers laquelle il faut aller et a relevé que « le commerce prospère particulièrement dans les zones piétonnes ». Il a même mentionné une déclaration de Dessertine, qui avait anticipé que Bordeaux ne serait « pas la dernière ville à avoir un maire macroniste ».
L'écologiste, qui a surpris en remportant la ville en 2020, n’hésite pas à dénoncer « la brutalité » des méthodes utilisées pour « débrancher » Philippe Dessertine du jeu électoral. Thomas Cazenave, de son côté, a dénoncé les « propos scandaleux » de son adversaire, illustrant ce qu'il appelle la « méthode » rituelle de Hurmic : diviser, attaquer et maintenant, calomnier.
Le député a aussi affirmé que « depuis le début, c'est votre seul argument » à propos de l'étiquette macroniste qu'on lui colle. Rappelons que l’enjeu pour Hurmic réside dans sa capacité à convaincre au-delà des 17% d'électeurs ayant soutenu des listes de gauche ou d’extrême gauche.
Les abstentionnistes, représentant près de 41,92% du premier tour, sont également au cœur des préoccupations. Dans une ville de 265.000 habitants, où le nombre d'inscrits a augmenté par rapport à 2020, mobiliser ce segment pourrait s’avérer décisif. Tiberj fait remarquer que Hurmic semble moins fort que lors des élections législatives, alors que l'analyse électorale met en lumière une participation plus faible dans les quartiers soutenant l'écologiste.
Ainsi, Hurmic concentre ses efforts de campagne sur les quartiers populaires, abordant des thèmes comme le pouvoir d'achat et l'accès aux soins, tout en s'assurant de promettre le maintien de services publics menacés, en donnant une dimension sociale forte à sa communication pour le second tour.







