Les bunkers du mur de l’Atlantique, emblématique fortification de la Seconde Guerre mondiale, affrontent une menace naturelle de plus en plus pressante : l'érosion. Une étude conduite par des experts, dont le géomètre Alain Chazette, met en lumière le recul du littoral de Nouvelle-Aquitaine, estimé à un mètre par an. Selon lui, ces structures pourraient disparaître totalement d'ici 50 à 60 ans.
Construit par les nazis pour contrer un éventuel débarquement allié, ce patrimoine militaire, fait de béton armé, est exposé aux intempéries. À l'échelle de la région, entre 1.700 et 2.000 bunkers subsistent, de la côte basque jusqu'à la Charente-Maritime. L'hiver dernier, l’un d'eux a chuté du Cap Ferret, rejoignant d'autres bâtiments déjà disparus. Bruno Castelle, chercheur au CNRS, souligne que ces bunkers sont devenus des indicateurs de l'érosion côtière, une réalité bien ancrée depuis des décennies.
« Dès 1944, l'érosion était déjà un sujet de préoccupation », rappelle Alain Chazette. Une étude menée par le bureau Bemalpa révèle que 20 % des bunkers ont disparu depuis la fin de la guerre. L'érosion côtière, nourrie par des sédiments probants au cours des millénaires, est désormais à un point de rupture, affirment les spécialistes.
Bruno Castelle précise que chaque région de la Nouvelle-Aquitaine est touchée différemment : tandis que certains secteurs, comme les Landes, sont plus stables, d'autres comme Soulac-sur-Mer souffrent d'un retrait dix fois supérieur. « Si ces bunkers étaient censés durer mille ans, leur espérance de vie réelle est de 150 ans », regrette Alain Chazette.
Mais l'érosion n'est pas le seul facteur de dégradation. Le vieillissement du béton, qui commence à se fissurer sur ces structures âgées de près de 80 ans, accentue leur vulnérabilité. David, un chercheur de Bemalpa, affirme que même la composition des matériaux joue un rôle dans leur détérioration.
Ce patrimoine militaire, qui va au-delà des vestiges côtiers, suscite également l'intérêt des jeunes générations. Cependant, Alain Chazette remain ferme, tous les bunkers côtiers sont voués à disparaître dans les prochaines décennies.
Alors que les constructions situées plus à l'intérieur des terres pourraient survivre, il est crucial d’enregistrer et de numériser ces histoires pour préserver notre mémoire collective. David espère que ce travail permettra à ces témoins du passé de perdurer, même si leur structure physique est amenée à disparaître.







