Dans son ouvrage Musiques nées de l'esclavage, publié aux Éditions de la Philharmonie, Bertrand Dicale explore comment ces mélodies, issues des souffrances du passé, résonnent encore sur la scène mondiale. En tant qu'auteur dont l'enfance fut bercée par les rythmes des tambours guadeloupéens, Dicale insiste sur l'importance de ne pas se contenter du folklore, mais de se souvenir des luttes qui ont jalonné cette histoire musicale.
Il rappelle que la traite négrière ne se limite pas à une époque, mais représente un système ancré dans l'histoire humaine. Il déclare : "La musique était un des rares espaces de liberté dans les plantations". Les moments de fête, souvent tolérés par les maîtres, permettaient aux esclaves de puiser dans leurs racines africaines et européennes pour créer une culture nouvelle, celle des musiques créoles.
Des genres comme le zouk, dont le célèbre groupe Kassav est un parfait exemple, témoignent de cette fusion culturelle. Comme l'affirme Dicale : "C'est la variété de rythmes et d'instruments qui a permis à ces sonorités de traverser les frontières." Il voit ces musiques comme un véritable « samedi soir à tous », rappelant que ces mélodies font partie intégrante de notre patrimoine mondial.
Des musiques populaires dont la dimension politique a été occultée
Bertrand Dicale pointe du doigt une tendance troublante : la dilution de la portée historique et politique de ces musiques au profit d'une vision exotique. "Lorsque l'on évoque des musiques issues de l'esclavage, on pense souvent au blues ou au jazz, mais la biguine, le zouk et le shatta partagent cette même histoire." Ce constat souligne la méfiance en France concernant le passé colonial, où ces sonorités sont souvent réduites à de simples images ensoleillées.
Le récit de Dicale, à la fois intime et savant, met en lumière son enfance à Pointe-à-Pitre, où il a été inspiré par Marcel Lollia, un musicien renommé de gwako. "La danse devant les tambours, c'est une métaphore d'une société rêvée, où chaque corps serait libre, en opposition à la souffrance de l'esclavage." Ainsi, l'ouvrage n'est pas qu'un hommage, mais aussi une revendication d'une identité souvent méprisée.
En somme, Musiques nées de l'esclavage de Bertrand Dicale vous plonge dans les profondeurs d'une riche tapisserie musicale, révélant tant son histoire que sa spiritualité, et nous rappelle que la musique est héritage, liberté et résistance.







