Quatre-vingts ans après le meurtre tragique d'un garde-chasse en 1946 dans l'Indre, la Cour de révision scrute une requête de révision émanant des héritiers de Raymond Mis et Gabriel Thiennot. Ils contestent la condamnation qui a frappé leurs ancêtres pour cet homicide qui a marqué les mémoires judiciaires.
Cette septième demande a réussi à franchir le strict mandat de la commission d'instruction, en partie grâce à un amendement introduit dans une loi de 2021, élargissant la portée des saisines de la Cour de révision, notamment pour les cas ayant impliqué des aveux obtenus sous la contrainte.
La Cour de révision, spécialement constituée au sein de la Cour de cassation, pourrait annuler l'arrêt rendu par la cour d'assises en 1950, si elle juge la requête fondée. Son rôle est cependant limité à déterminer si le dossier, récemment purgé de documents cruciaux, suscite un doute raisonnable sur la culpabilité des accusés.
Aujourd'hui, Raymond Mis et Gabriel Thiennot n'étant plus en vie, un nouveau procès sur le fond est impossible, mais une décision de cassation pourrait les reconnaître comme éternellement innocents en cette affaire emblématique. À noter que les révisions de condamnations pénales sont très rares en France, avec seulement une douzaine de cas depuis 1945.
Le 31 décembre 1946, le garde-chasse Louis Boistard est découvert mort, criblé de balles, à Saint-Michel-en-Brenne. L'enquête s'oriente rapidement vers un différend avec un groupe de chasseurs, dont Mis et Thiennot faisaient partie. Très vite, des aveux incriminants sont obtenus, mais les accusés reviennent sur leurs déclarations, clamant leur innocence.
En 1950, après une série de procès annulés par la Cour de cassation, les deux hommes sont finalement condamnés à quinze ans de travaux forcés, peine réduite en 1954 par grâce présidentielle mais sans effacer leur culpabilité.
Les avocats de Mis et Thiennot, tels que Me Jean-Pierre Mignard, soulignent que la procédure initiale a été gravement compromise par des violences policières lors des interrogatoires. Selon eux, les aveux obtenus sous contrainte sont donc illégaux, une opinion corroborée par la commission d'instruction, qui a annulé plusieurs procès-verbaux en février dernier.
« C'est une avancée significative que la commission ait reconnu que ces aveux ont été extorqués », déclare Me Mignard à l'AFP. « Le défi qui reste est de savoir si les faits peuvent subsister malgré l'annulation de ces éléments de preuve, » ajoute-t-il.
Interrogé récemment, Me François Saint-Pierre, représentant la fille du garde-chasse Boistard, a choisi de ne pas commenter pour le moment. L'affaire Mis et Thiennot demeure donc un épisode judiciaire complexe, symbole de la nécessité d'un examen minutieux de la justice, même des décennies après les faits.







