Dans un rapport révélateur, l'OCDE souligne l'ampleur impressionnante du soutien accordé par la Chine à ses secteurs industriels, notamment ceux des batteries, des panneaux solaires et de l'automobile, transformant ainsi le paysage économique mondial.
Lors d'une conférence de presse, le secrétaire général australien, Mathias Cormann, a utilisé une métaphore puissante : "Comme le dopage dans le sport, ces aides publiques permettent à certains acteurs moins performants de s'imposer, aux dépens des plus compétitifs".
Une experte de l'OCDE, citée par l'AFP, a mis en garde : "Sans intervention pour corriger ces distorsions, le soutien à l'industrie peut mener à une surenchère qui n'apporte aucune des améliorations attendues en matière de résilience ou de compétitivité".
Le rapport révèle que la Chine est l'une des principales causes de ces déséquilibres dans une quinzaine de secteurs critiques. De 2005 à 2024, les entreprises chinoises ont bénéficié d'un soutien public pouvant être trois à huit fois supérieur à celui des entreprises des 38 pays membres de l'OCDE. Cette estimation, bien que prudente, souligne l'ampleur du phénomène.
Les données sont tirées du système "MAGIC" (Manufacturing Groups and Industrial Corporations), qui a analysé les rapports financiers de 525 grandes sociétés dans des secteurs clés comme l'aéronautique, l'aluminium et les semi-conducteurs.
Pour la première fois, une version publique et agrégée a été diffusée, montrant que le soutien aux industries a atteint son sommet depuis la crise financière de 2008, avec 108 milliards de dollars projetés pour 2024.
La conclusion est sans appel : les entreprises chinoises, qui dominent le secteur manufacturier global, bénéficient d'un soutien largement supérieur à celui de leurs concurrentes. Ce soutien prend la forme d'aides directes, d'allègements fiscaux, et de prêts à des conditions très favorables, généralement fournis par des institutions financières publiques, comme l'explique une autre experte de l'OCDE.
Cette stratégie offre aux entreprises chinoises des marges de manœuvre financière importantes, leur permettant d'investir dans de nouvelles infrastructures ou de rebondir en cas de difficultés, mais elle a aussi engendré des surcapacités qui ont tendance à déprécier les prix à l'échelle mondiale, affectant les autres acteurs.
Ces subventions influencent profondément les marchés dans des secteurs clés de l’économie mondiale, facilitant la conquête de parts de marché significatives par les entreprises chinoises dans les domaines des panneaux solaires, de l'acier et de la construction navale. L'OCDE estime que près de 60% des gains de parts de marché des entreprises chinoises entre 2005 et 2024 peuvent être attribués aux subventions reçues.
"Les aides publiques permettent d'accroître la part de marché, mais ne garantissent pas une meilleure productivité. Les entreprises n'ont pas conquis leurs marchés par leur efficacité ou leur innovation, mais grâce à des subventions massives", a précisé M. Cormann.
Les gouvernements des pays membres de l'OCDE – comme l'Allemagne, la France, l'Australie, et les États-Unis – cherchent à rattraper ce déséquilibre en soutenant leurs propres industries. Cependant, face à l'ampleur des aides chinoises, ce soutien peut ressembler à un remplissage du tonneau des Danaïdes.
"Ce problème nécessite une approche collective ; il ne peut être résolu par des actions individuelles", a conclu un expert de l'OCDE, soulignant l'importance d'une coopération internationale pour adresser ces enjeux conjoncturels.







