Les prix du pétrole poursuivent leur ascension fulgurante, soulignant l'indifférence des marchés face à la décision de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) d'utiliser ses réserves stratégiques. Ce jeudi, le baril de Brent a grimpé de 7,65 %, atteignant 99,02 dollars, tandis que le WTI a enregistré une hausse de 8,33 %, se chiffrant à 94,52 dollars.
Depuis le début du conflit le 28 février, le blocage du détroit d'Ormuz, un passage clé pour le transport pétrolier, exacerbe la flambée des prix de l'or noir, ravivant les craintes d'une inflation mondiale croissante. En réponse, les 32 pays membres de l'AIE, y compris les États-Unis, ont annoncé mercredi la libération d’un volume record de 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques.
Cependant, cette tentative s'avère peu efficace. Stephen Innes, gérant chez SPI AM, a déclaré que "dans le jargon de la finance, déverrouiller les réserves par l'AIE revient à diriger un tuyau d’arrosage vers un feu de raffinerie". Le climat d'incertitude demeure palpable, tant sur les marchés qu'au niveau géopolitique.
TotalEnergies a annoncé le gel de 15 % de sa production mondiale de pétrole et de gaz, touchant des pays clés du Golfe comme le Qatar et l'Irak. "La production a été suspendue ou en voie d’arrêt dans plusieurs régions, ce qui soulève de vives inquiétudes", a précisé le groupe à l'AFP.
Les perturbations sécuritaires touchent également le détroit d'Ormuz, où les pays du Golfe réduisent leur production de plus de 10 millions de barils par jour, marquant une des plus grosses interruptions d'approvisionnement pétrolier selon l'AIE.
Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a récemment exhorté à maintenir le détroit fermé malgré des demandes de passage formulées par d'autres pays. De son côté, le président américain Joe Biden a souligné que la crise actuelle est inextricablement liée à la nécessité de "freiner" l’Iran.
"Les marchés reconnaissent que la situation est loin d'être maîtrisée", affirme Alexandre Baradez, analyste marché chez IG France. Les indices boursiers globalement subissent cette pression : le Nasdaq à Wall Street a chuté de 1,41 %, tandis qu'en Europe, Paris, Milan et Londres affichent également des pertes notables.
Les taux d'intérêt sur la dette européenne montent en flèche, anticipant une inflation imminente, alors que le Vieux Continent demeure fortement dépendant des importations d'énergie. Kevin Thozet, membre de Carmignac, explique que "le marché considère la situation actuelle comme un choc d'offre potentiel, causant une insuffisance d'approvisionnement face à une demande soutenue".
Avec une inflation croissante, les créanciers exigent des taux d'intérêt plus élevés, ce qui a conduit le taux de l'emprunt allemand à 10 ans à atteindre 2,95 %, son plus haut niveau depuis 2023. En parallèle, le dollar, la monnaie de référence sur le marché pétrolier, continue de s'apprécier, affichant une hausse de 2 % par rapport à l'euro depuis le début de l'année.







