Des tensions diplomatiques à la montée en flèche des écrivains engagés, le journaliste Arezki Metref analyse l'épisode d'extrême tension politique et médiatique qui a perturbé les relations entre Paris et Alger. Selon lui, ces événements révèlent un profond désarroi au sein de la société française.
« Le mal de l’Algérie est incurable. Il est au fond de moi comme un éclat de fer. » (Jean Pélégri, Le Maboul)
Entre l'automne 2024 et le printemps 2026, nous avons été témoins d'une véritable dégradation des relations entre la France et l'Algérie, illustrant un naufrage de certaines valeurs diplomatiques au profit d'un spectacle absurde. Dans cette mise en scène, les écrivains sont devenus des performeurs, les plateaux de télévision des arènes où se jouent des luttes d'opinion, menées en première ligne par des figures telles que Bruno Retailleau.
L’histoire commence avec l’apparition d’une nouvelle figure littéraire prometteuse chaque rentrée universitaire. L’an dernier, Kamel Daoud avait capturé l’attention avec son roman Houris. Au cœur de cela se trouve une campagne médiatique très bien rodée, qui exalte le courage de l'auteur à aborder la sombre décennie qu’a connue l’Algérie, sans reconnaître pour autant le linéaire de voix qui, dans le silence et l'exil, ont depuis longtemps abordé ce thème, comme le regretté Tahar Djaout.
Quand nuance rime avec trahison
Daoud semble être le prototype d’une littérature faite sur mesure pour capter les attentes des élites françaises plutôt que de porter une voix authentique venue des profondeurs de l'âme algérienne. L'écrivain, piégé par un narcissisme démesuré, utilise la provocation comme unique levier, faisant de la caricature sa méthode de prédilection.
Cependant, cette quête de reconnaissance rencontre des enjeux éthiques. Son appropriation de la souffrance des autres, traitée parfois comme simple matériau romanesque, signale une ambition dévorante. Dans ce contexte, la littérature ne témoigne plus de la douleur ; elle devient un produit de consommation.
Punir Kamel Daoud par contumace pour son livre est une erreur stratégique; condamner quelqu'un pour les mots écrits dans un livre évoque des principes démocratiques fondamentaux. En agissant ainsi, on pérennise un cycle qui façonne des martyrs.
La droite française en quête de repères
Simultanément, la montée de ce phénomène coïncide avec une radicalisation de la droite, de plus en plus perdue dans ses propres obsessions. Emmanuel Macron avait déjà, par le passé, fait des déclarations controversées sur la « rente mémorielle », ouvrant involontairement la voie à des discours extrêmes. Bruno Retailleau, s’improvisant en ministre des affaires étrangères officieux, a appelé à une remise en question de l’accord de 1968, utilisant cela comme une arme politique.
L'arrestation de Boualem Sansal en 2024 à Alger est venue enflammer cette dynamique. Bien que soutenue par de nombreux voix à l’international, elle a transformé les deux écrivains en figurines sur un échiquier politique. Sur des médias comme CNews, chaque déclaration devient une arme dans un affrontement idéologique qui éclipse la littérature.
Avec le temps, la perception de Boualem Sansal a évolué ; son association avec des groupes ayant des visées politiques extrêmes le met à l'écart de la communauté littéraire, qui privilégie un humanisme souvent en désaccord avec ses récentes prises de position.
L'extrême droite française et l'obsession algérienne
Sansal semble ignorer que ses propos l’éloignent inéluctablement du monde littéraire, car les maisons d'édition historiques commencent à prendre de la distance. Alors que la solidarité entre écrivains face à la censure s'effrite, certains refusent de devenir les « idiots utiles » de projets idéologiques qui n’aspirent pas à libérer la parole en Algérie, mais à restreindre le débat en France. L’empire Bolloré, quant à lui, montre des signes de fatigue, et les audiences de CNews s'effondrent.
Au printemps 2026, avec l’échéance électorale qui approche, Emmanuel Macron réalise qu’une approche de confrontation n’a fait qu'affaiblir sa position. Il qualifie métaphoriquement les challengers de sa diplomatie de « mabouls », dénonçant ceux qui cherchent à compromettre la situation au nom de narratives historiques.
À ce jour, la France lutte pour reconstruire ce que des années de tensions ont détruit. Cet épisode chaotique constitue un rappel sobre, alors que le pays semble lentement sortir d'une phase de convulsion. Tandis que les installations gazières reprennent, les voix de la haine s'affaiblissent, et le public tourne le dos à ce spectacle tragique, laissant derrière lui les « mabouls » dans un silence pesant.







