Dans un contexte où l'Union européenne engage un dialogue crucial avec la Syrie pour sa reconstruction économique, plusieurs organisations de défense des droits religieux tirent la sonnette d'alarme concernant la situation des chrétiens et autres minorités.
Le premier dialogue politique de haut niveau UE-Syrie se déroulera le 11 mai lors du Conseil des affaires étrangères. Les ministres discuteront des meilleures méthodes de soutien à la transition en Syrie suite à la levée, attendue en 2025, des sanctions économiques imposées depuis 2011. L'objectif vise à encourager la reprise économique à travers des investissements et le retour des réfugiés.
Bien que l'intention d'aider à la reconstruction du pays soit louable, il est impératif de ne pas négliger les angoisses des chrétiens syriens, ainsi que d'autres groupes comme les Alaouites, Druzes, Ismaéliens et Yézidis. Même si les autorités syriennes affirment que la liberté de culte est généralement respectée, des décisions récentes alimentent des inquiétudes quant à leur avenir.
Après l'attaque meurtrière contre l'église Saint-Élie de Damas en juin 2025, qui a causé de nombreuses pertes, le patriarche grec orthodoxe Jean X a été victime d'une campagne diffamatoire. Dans une résolution du 10 juillet 2025, le Parlement européen a souligné l'urgence de protéger les communautés religieuses en Syrie. Pourtant, les affrontements, enlèvements et autres violences persistent.
L'effacement des chrétiens
En mars 2025, des milices gouvernementales ont mené des massacres de populations alaouites, tuant plus de 1 400 personnes. La violence s'est intensifiée, avec des combats meurtriers entre groupes armés et forces gouvernementales causant 1 700 morts supplémentaires en juillet. La disparition de femmes alaouites et l'impunité qui en découle s'ajoutent à cette tragédie.
Des attaques récentes à Sqaylabiyah, ville chrétienne, visant à piller et terroriser les habitants, ont poussé la communauté à renoncer aux célébrations de Pâques par crainte de représailles.
Pour beaucoup, l’avenir prend désormais la forme de l’émigration forcée, de l’exil et du déracinement.
Les pressions sur les chrétiens et autres minorités augmentent : harcèlement, atteintes aux droits des femmes, et restrictions sociales. Un exemple frappant est l'interdiction de l'alcool dans certains quartiers chrétiens, sentie comme une profonde humiliation.
En 2011, les chrétiens représentaient environ 10 % de la population syrienne, aujourd'hui ce chiffre a chuté à environ 3 %. Ceux qui restent envisagent de plus en plus l'émigration comme seule option. Face à ces défis, un appel collectif d'organisations, dont Open Doors International et SOS Chrétiens d'Orient, demande à l'Union européenne de conditionner son dialogue aux garanties de liberté religieuse et d'inclusion de toutes les composantes sociopolitiques syriennes.
Les minorités en Syrie aspirent à être reconnues pleinement comme des citoyens à part entière, et non comme des groupes tolérés. Leur avenir dépendra d'une vigilance accrue de l'Union européenne pour assurer une reconstruction véritablement pluraliste, évitant ainsi à la Syrie de devenir un État islamique homogène.
Les signataires
• Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d'Orient
• Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ)
• Rafic Abou Fadel, président du Conseil des chrétiens d’Orient
• Joel Veldkamp, directeur du plaidoyer à Christian Solidarity International (CSI)
• Anastasia Hartman, chargée de plaidoyer auprès de l'Union européenne à Open Doors International
• Jens Kreinath, directeur de l’Institute for the Documentation of Human Rights Violations against Religious Minorities in the Levant (IDHRV-ARMIL)
• Thierry Valle, président de CAP Liberté de Conscience
• Jan Figel, président de FOREF Europe, ancien commissaire européen







