Delcy Rodriguez, qui assume la présidence par intérim du Venezuela depuis l'arrestation de Nicolas Maduro en janvier dernier, a pris la parole lundi devant la Cour internationale de justice (CIJ), incitant à la reprise de négociations bilatérales avec le Guyana concernant le conflit territorial sur la région de l'Essequibo, particulièrement riche en ressources pétrolières.
Dans le cadre de son premier voyage en dehors des Caraïbes depuis son accession au pouvoir, Rodriguez a plaidé pour "un retour au dialogue direct et la quête de solutions innovantes et avantageuses pour les deux parties". Elle a proposé l'organisation d'une "réunion bilatérale de haut niveau" pour résorber les tensions.
La région de l'Essequibo, qui s'étend sur 160 000 km², est sous l'administration du Guyana depuis plus d'un siècle, mais elle est au cœur d'un conflit séculaire avec le Venezuela, les deux nations contestant le tracé exact de leur frontière commune.
Rodriguez a insisté sur le refus de son pays de reconnaître l'autorité de la CIJ, affirmant la "position historique" du Venezuela selon laquelle la question de souveraineté ne devrait pas être soumise à des instances internationales. "Cela ne signifie pas une acceptation de la compétence de la Cour concernant notre différend territorial", a-t-elle précisé.
Son discours devant la CIJ a eu lieu à la fin d'une semaine d'audiences consacrées à ce litige, qui a souvent risqué de s'intensifier vers un conflit militaire. Les tensions autour de l'Essaquibo datent des années 1800, mais elles ont pris une nouvelle dimension avec la découverte, il y a une dizaine d'années, de vastes réserves de pétrole offshore par ExxonMobil, plaçant le Guyana parmi les pays ayant le plus de réserves de pétrole brut par habitant.
Depuis 2019, le gouvernement de Maduro a réactivé ses revendications territoriales sur l'Essequibo. Les juges de la CIJ ont été saisis pour examiner la légitimité de la frontière tracée en 1899, alors que la région était sous contrôle colonial britannique. Le Venezuela fait valoir que la délimitation devrait se conformer à un accord de 1966, signé avant l'accession du Guyana à l'indépendance.
Le Guyana a déclaré aux juges lors des audiences précédentes que ce conflit constitue "une dimension existentielle", affectant plus de 70 % de son territoire. La CIJ est chargée de résoudre les différends entre États, mais sa décision ne devrait être rendue qu’après plusieurs mois, voire des années. Bien que ses jugements soient contraignants, la Cour n’a pas de moyens de les faire appliquer.
En mai 2025, la CIJ avait déjà ordonné au Venezuela de suspendre ses projets d'élections dans l'Essequibo, un appel qui n'a pas été respecté lors du scrutin qui a eu lieu malgré tout.







