La Commission européenne a annoncé mardi l'invitation d'une délégation de responsables talibans à Bruxelles pour débattre du renvoi de migrants vers l'Afghanistan, une initiative qui soulève une multitude de questions éthiques et pratiques.
Un courrier a été envoyé à Kaboul accompagnant l'annonce, visant à organiser prochainement cette rencontre dans la capitale européenne. Cependant, un porte-parole a clarifié que cela ne doit en aucun cas être considéré comme une reconnaissance officielle des autorités talibanes, en réponse à des critiques croissantes sur ce dialogue avec un gouvernement non reconnu.
Depuis leur prise de pouvoir en 2021, après le retrait des troupes américaines, les talibans n'ont jamais obtenu la reconnaissance formelle de l'Union européenne. Mélissa Camara, eurodéputée écologiste, a exprimé son indignation, considérant cette invitation comme un renoncement inacceptable aux valeurs fondamentales de l'UE.
La rencontre, qui se déroule à un "niveau technique" selon les tenants de la Commission et non directement avec les dirigeants talibans, est le fruit d'une coordination avec la Suède et fait suite à des visites précédentes d’officiels européens en Afghanistan, visant à discuter de la question migratoire.
Une lettre signée par 20 pays de l'UE a demandé des solutions diplomatiques concernant le retour des migrants, ciblant particulièrement ceux jugés comme une menace à la sécurité. Ces démarches soulignent la volonté commune de durcir les politiques migratoires, alors que le climat humanitaire en Afghanistan s'améliore à peine.
Plus de cinq millions d'Afghans ont été contraints de rentrer au pays cette année, souvent dans des conditions précaires. Selon Lisa Owen, du International Rescue Committee, renvoyer des gens vers un pays où la famine frappe près de la moitié de la population représente non seulement un échec des politiques migratoires, mais pourraient également entraîner des décès tragiques.
La question pratique d'une reconnaissance des autorités talibanes se pose également, car Bruxelles n'a pas officialisé leur statut. Ainsi, un visa spécial serait nécessaire pour permettre la venue de cette délégation à Bruxelles, une demande à laquelle la Belgique semble, en théorie, disposée à répondre.
La situation migratoire des Afghans est délicate. L'Allemagne a été pionnière en procédant à des expulsions groupées, notamment de migrants condamnés par la justice. Cela a ouvert la voie à d'autres pays, comme l'Autriche, pour envisager des mesures similaires, dans un contexte de tension croissante concernant les politiques d'asile européennes.
Des associations de défense des droits des migrants s'inquiètent que ces visites autorisent les talibans à identifier des personnes à renvoyer, ce qui pourrait mettre en péril leurs droits et libertés. En réponse, des diplomates préviennent que l'objectif principal de ces discussions est de régler des problèmes logistiques tels que l'émission de passeports et les modalités de retour.
Les Européens, lors de leurs récentes visites en Afghanistan, ont également tenté d'évaluer les capacités d'accueil de l'aéroport de Kaboul, s'inscrivant dans un contexte où les solutions à la crise migratoire sont plus que jamais nécessaires.







