La Commission européenne a, selon l'Agence France Presse, prévu d'inviter des responsables talibans à Bruxelles pour aborder le sujet sensible du renvoi des migrants vers l'Afghanistan. Une décision qui intervient dans un contexte de durcissement des attitudes envers les migrants au sein de plusieurs États membres.
En coordination avec la Suède, cette démarche fait suite à des visites de responsables européens en Afghanistan. Il s'agit de « poursuivre ces discussions » à un « niveau technique », a précisé un porte-parole de l’exécutif européen. Bien qu'aucune date n'ait encore été fixée, cette initiative fait l’objet d’un vif débat parmi les élus de gauche et les ONG.
Des questions éthiques préoccupantes
Une vingtaine de pays de l'UE, désireux de renforcer leurs politiques migratoires, envisagent de renvoyer des migrants en Afghanistan, en particulier ceux ayant des antécédents judiciaires. Dans une lettre collective adressée à Bruxelles, ces pays ont réclamé des « solutions diplomatiques et pratiques » pour faire avancer le dossier, comme l'indique le porte-parole de la Commission.
Cependant, cette initiative soulève d'importantes questions éthiques. L’Union européenne ne reconnaissant pas le régime taliban depuis leur prise de pouvoir, toute invitation nécessiterait un visa exceptionnel. La Belgique, en tant que pays hôte des institutions européennes, a déclaré être prête à délivrer ces visas.
Simultanément, l’Afghanistan est plongé dans une crise humanitaire sévère. Plus de 5 millions d'Afghans ont été contraints de retourner d'Iran et du Pakistan, souvent dans des conditions désastreuses. Les organisations internationales alertent sur la précarité de cette population, qui se retrouve sans logement ni emploi.
Une dynamique alarmante
Les Afghans représentent actuellement la majorité des demandes d’asile dans l’UE. Alors qu'un accueil massif avait eu lieu pendant la guerre, la situation évolue vers un durcissement, notamment en Allemagne, où des expulsions d’Afghans condamnés ont été orchestrées via des vols charters.
Cette tendance est alimentée par des événements tragiques, tels que des attaques attribuées à exilés afghans, facilitant la mise en place de mesures strictes. L’Autriche fait également partie des pays qui, après avoir accueilli des délégations talibanes, réfléchissent à renforcer leur politique d'expulsion.
Lisa Owen, de l'ONG International Rescue Committee, a exprimé de sérieuses inquiétudes en déclarant : « Renvoyer des Afghans dans un pays où près de la moitié de la population ne parvient pas à se nourrir n’est pas une politique migratoire, c’est une décision qui pourrait coûter des vies ».
Pour l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara, cette initiative représente « un profond renoncement aux valeurs et droits qui fondent l’Union européenne ». Elle appelle déjà à ne pas « franchir cette ligne rouge ».
Les associations de défense des migrants redoutent que cette rencontre ne serve d'opportunité aux talibans pour identifier des personnes qu’ils souhaitent renvoyer, compromettant ainsi leurs droits fondamentaux. Toutefois, plusieurs sources diplomatiques rétorquent que cet échange viserait avant tout à résoudre des questions pratiques, notamment liées à la délivrance de passeports pour ceux dont les ambassades européennes ne sont pas reconnues par le régime taliban.







