Les jeunes et le vote RN : une dynamique générationnelle à explorer

Une analyse des facteurs générationnels dans la montée du vote RN révélée par des enquêtes récentes.
Les jeunes et le vote RN : une dynamique générationnelle à explorer
Des militants du Rassemblement national, à Paris, le 9 juin 2024, jour des élections européennes. © Crédit photo : Julien de Rosa/AFP

La montée de l’extrême droite et du conservatisme fascine et préoccupe, tant aux États-Unis qu’en Europe. Parmi les facteurs évoqués pour expliquer ce phénomène, la question générationnelle retient particulièrement l’attention. Si cette approche peut offrir des éclairages intéressants, elle met également en lumière des tendances parfois contradictoires.

D’après la théorie de la déconsolidation démocratique, les millennials, nés entre 1980 et 1999, sont souvent critiqués pour leur désintérêt politique et leur antipathie envers les institutions démocratiques. En revanche, la théorie du cultural backlash attribue la montée du RN aux générations plus âgées, nostalgiques d’un passé perçu comme meilleur, qui manifestent des attitudes conservatrices et xénophobes.

Dans le contexte français, le succès remarquable du Rassemblement national, qui a obtenu 41,4 % des voix au second tour de l’élection présidentielle de 2022, soulève des questions quant à la pertinence de ces deux théories. En s’appuyant sur des données issues de l’enquête Youngelect et le baromètre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), cet article explore des dynamiques plus nuancées.

S’étonnamment, les données montrent une augmentation de la tolérance dans toutes les générations. Bien que les jeunes soient souvent perçus comme étant les plus progressistes et en quête de démocratie, ils se révèlent également plus enclins à voter pour le RN. Comment expliquer cette dualité ?

Une tolérance en hausse chez toutes les générations

Les résultats du baromètre de la CNCDH indiquent une évolution favorable des mentalités vis-à-vis des minorités, quelle que soit la génération. Il semble que, bien que les jeunes générations soient généralement plus tolérantes, les générations plus âgées n'ont pas connu un revirement vers l'intolérance. Au contraire, leurs valeurs évoluent également avec le temps.

Des données de l’European Social Survey témoignent d'une tendance similaire à travers l'Europe. Ainsi, le facteur générationnel ne peut à lui seul expliquer l'attitude des individus envers les minorités ; d'autres éléments, tels que le niveau d'éducation et l'origine vécue, jouent un rôle plus significatif.

La recherche démontre également que, bien que les jeunes soient souvent plus tolérants, ce phénomène peut être attribuable à leur niveau d'éducation plus élevé et à leur moindre religiosité. Les attitudes face aux minorités sexuelles évoluent également, chaque nouvelle génération se montrant davantage favorable envers l’homosexualité. Toutefois, en ce qui concerne le féminisme, les résultats montrent une complexité où les cohortes de 1967 à 1976 ont parfois des attitudes plus progressistes que les plus jeunes.

Rejet de l’autoritarisme et soutien à la démocratie

Concernant l'opinion sur la peine de mort, les plus jeunes générations sont systématiquement plus opposées à cette pratique. La plupart des générations reconnaissent la nécessité d'une démocratie représentative, même si les jeunes manifestent un intérêt croissant pour des formes alternatives de gouvernance.

Tolérance, vote RN : un paradoxe générationnel ?

Ce qui incite à réfléchir est le fait que, malgré une attitude générale de tolérance, les jeunes votent souvent pour le RN. Les électeurs les plus âgés montrent une tendance inverse. En effet, le vote pour les extrêmes semble davantage attrait des classes moins éduquées et des populations populaires.

Ce phénomène peut également s'expliquer par une politisation des valeurs différentes selon les générations : pour les aînés, des valeurs comme le sexisme ou l'attitude face à l'immigration n'ont pas la même portée électorale que pour les jeunes. En parallèle, l'abstention des jeunes électeurs peut donner une image trompeuse des résultats des élections. En 2022, 26 % des jeunes se sont abstenus lors du premier tour, rendant leur vote pour le RN moins significatif qu'il paraît.

En conclusion, le vote en faveur du RN ne se résume pas à une évidence générationnelle. Il semble plus lié à un contexte socio-économique où des segments de la population moins éduqués sont déstabilisés par l'évolution sociétale. Cette tendance pourrait évoluer à l'approche des élections municipales et présidentielles de 2024, où nous pourrions mieux évaluer l’impact de ces dynamiques sur la population.

Pour approfondir ces thématiques, une conférence se tiendra à Sciences Po le 29 janvier 2026.

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