D’ordinaire, à Cadillac, la Garonne est à 500 mètres de la porte de la Mer. Depuis dimanche soir, l’eau frôle les fondations de la tour créneletée. Au sud de la Gironde, la situation demeure préoccupante, et la vigilance rouge est en vigueur depuis cinq jours, avec des prévisions de coefficients de marée élevés cette semaine.
« Nous faisons avec les moyens du bord, cela va passer. Je ne compte pas déménager. »
Olivier, 27 ans, habite juste au pied de la tour : « Je ne baisse pas les bras, je le prends comme un combat. » Les eaux sont montées jusqu’à son seuil, et il a dû surélever meubles et électroménager. « J’essaie de rendre ma maison étanche pour éviter que l’eau ne pénètre. » Des sacs de sable et de la mousse polyuréthane scellent les interstices.

Le terrain de rugby et la route départementale sont déjà submergés, tandis que les commerces locaux ferment leurs portes face à cette montée des eaux.
Le pire est à venir
À Cadillac, les imprévus de la Garonne sont monnaie courante. La situation actuelle est documentée dans un tableau affiché sous l’arche de la porte de la Mer. « La crue est exceptionelle, nous pourrions égaler le record de 1981 », observe Sophie Medeville, pharmacienne. Pour ses clients, la pharmacie reste ouverte, équipée des pompes prêtées par un cousin viticulteur.
« L’adaptation à cette réalité est essentielle. Bien que les crues soient inévitables, nous devons prévenir les accidents. »
Des forces de l’ordre sont déployées pour accompagner le passage de la ministre. Les commentaires fusent chez les clients des cafés : « On ne sait pas qui c’est, mais dans quelques jours, elle sera peut-être sur la sellette, » chuchote l’un d’eux. Monique Barbut, chargée de la Transition écologique, a entamé un tour de la zone sinistrée. « L'épisode n’est pas terminé. Le pire pourrait survenir jeudi, » a-t-elle averti. « Jamais depuis 1959 les sols n’ont été aussi saturés d’eau. Ce que nous vivons aujourd’hui était anticipé dans dix ou quinze ans ; c’est devenu notre réalité. »
Qui fait quoi ? Qui paie quoi ?
Mais la question se pose : qui est responsable et qui finance quoi dans l’entretien des digues le long de la Garonne ? Depuis 2018, les communautés de communes en ont la charge, mais certaines peinent à financer les travaux. « Nous avons le droit de prélever une taxe pour gestion des milieux aquatiques, » précise Monique Barbut. Toutefois, l’Assemblée nationale n’a pas validé l’augmentation de cette taxe proposée pour 2026.
Daniel Barbe, président de l’Association des maires ruraux de Gironde, réagit : « La vérité, c’est que l’État se défausse et nous laisse gérer un patrimoine mal entretenu. »

Véronique Meneret, vice-présidente de la communauté de communes, a argumenté auprès de la ministre : « Nous avons 31 000 habitants. Rénovation de 5 km de digues pour un coût de 5 millions d’euros, cela dépasse notre budget. »
« Ne nous laissez pas tomber, » a-t-elle ajouté, appelant l’État à respecter ses engagements financiers. Monique Barbut reste néanmoins peu précise, promettant de discuter les modalités de la taxe avec les collectivités.
Dans les rues, un couple charge son mobilier dans un camion. « Nous avons loué un logement sur les coteaux par précaution, nous espérons que cela suffira. Nous ne voulons pas tout perdre, » avoue l’un d’eux.
Avant de terminer sa visite, la ministre a annoncé que l’état de catastrophe naturelle serait reconnu à l’issue de cet épisode de crues.







