À Perpignan, unique grande ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le Rassemblement national, les municipales de 2026 s'annoncent électrisantes. Entre un débat national enflammé, des dissensions au sein de la gauche et des enjeux sociaux pressants dans le quartier Saint-Jacques, le scrutin dépasse largement le cadre local.
Selon Léo, un étudiant de 24 ans, "on va assister à des élections municipales mouvementées". La date du 28 février prochain sera cruciale pour l'avenir politique de Perpignan. Un meeting de Jordan Bardella (RN) coïncidera avec celui de Jean-Luc Mélenchon (LFI), dans un climat national particulièrement tendu suite au meurtre tragique de Quentin, un jeune militant nationaliste à Lyon. "Nous avons un grand besoin d'apaiser les tensions", indique Mickaël Idrac, tête de liste LFI. Léo se montre sceptique : "Cela mettrait en lumière notre ville, mais les véritables préoccupations des Perpignanais risquent d'être éclipsées."
La ville de Perpignan ne pourra échapper à la nationalisation des débats, surtout face aux affaires judiciaires entourant son maire RN, Louis Aliot. Accusé d’être impliqué dans un système d’emplois fictifs au Parlement européen, son avenir politique est en jeu, alors qu’une décision judiciaire pourrait entraîner son inéligibilité en juillet. Aliot clame qu'il a convaincu les magistrats de son innocence et évoque des recours possibles en cas de condamnation.
Une gauche plurielle au premier tour
Agnès Langevine, vice-présidente du Conseil régional et proche de Carole Delga, a choisi de rassembler une alliance inédite avec la centriste Annabelle Brunet, dans le but de défier le RN. Mais cette stratégie pourrait s'avérer complexe. Circumstances nationales obligent, le Parti Socialiste a décidé de retirer l'investiture de Mathias Blanc au profit d'Agnès Langevine, malgré un processus local pourtant valide.
Mathias Blanc a décidé de maintenir sa candidature et a cherché à s'allier avec la liste insoumise de Mickaël Idrac, en vain. La gauche pourrait finalement présenter jusqu'à trois listes indivisibles lors du premier tour, divisant ainsi le vote. Candice, électrice de gauche de 32 ans, confie : "On se sent un peu perdus" et craint une fragmentation des voix.
Des enjeux locaux bien identifiés
Un événement tragique a redynamisé le débat local : l'effondrement d'un immeuble dans le quartier Saint-Jacques, souvent désigné comme l'un des plus pauvres de France, a mis en lumière l'urgence sociale qui préoccupe la communauté. Les craintes de gentrification s'intensifient, alors que les habitants s’opposent à ce que Juana, résidente de longue date, appelle des "marchands de sommeil" qui exploitent les logements insalubres pour faire fuir les habitants. Les candidats promettent d'agir : Bruno Nougayrède, représentant du centre droit, évoque une réhabilitation, sans éviction, tandis que Mickaël Idrac et Mathias Blanc appellent tous deux à préserver le tissu social du quartier.
Face à un taux de pauvreté dépassant 30 % et un chômage structurellement élevé, les candidats doivent également aborder les questions de sécurité et de développement économique. Perpignan rencontre des difficultés significatives, avec un centre-ville déserté et des commerçants en crise, tandis que les habitants expriment leur frustration face aux problèmes d'opportunités d'emploi qualifié.







