Dans les années 1960-70, le mouvement breton fait peau neuve en s'orientant vers des valeurs radicalement à gauche, notamment à travers l'adhésion à l'Union démocratique bretonne (UDB).
Nous sommes à Rennes, en janvier 1964, dans une chambre d'étudiant, où, par un froid glacial, une dizaine de jeunes activistes se rassemblent, vêtus de gros pulls. Ces jeunes adultes, désireux de s'éloigner de l'apolitisme du Mob (Mouvement d’organisation pour la Bretagne), décident de fonder un nouveau parti qui prône un fédéralisme et une autonomie non séparatiste. Parmi les membres fondateurs, on trouve des figures marquantes comme le poète Paol Keineg, l'écrivain Yann-Ber Piriou, l’élu brestois Ronan Leprohon et l’historien Jean-Yves Veillard.
Ces militants, souvent issus d'un passé de lutte contre la guerre d'Algérie et membres actifs de syndicats étudiants tels que l'Unef, adoptent une rhétorique percutante évoquant le slogan : « Bretagne = colonie ». Bien qu'ils comprennent les motivations des actes violents orchestrés par le Front de libération de la Bretagne (FLB), ils choisissent plutôt de se concentrer sur l'intégration de leurs revendications dans le cadre légal.
Les législatives de 1971 marquent une étape cruciale pour l’UDB qui présente ses premiers candidats. Joël Guégan, le dirigeant du parti, dénonce publiquement l’exploitation des travailleurs bretons, qu'ils soient paysans, ouvriers ou pêcheurs, en soulignant que cette situation est largement due à l'emprise des puissances économiques. Les archives de l'INA montrent l'enthousiasme d'un public varié assistant à la présentation de ces candidats.
Ce virage à gauche du nationalisme breton rappelle l'évolution des inégalités et des injustices sociales en Bretagne, et témoigne des aspirations d'une génération désireuse de mobiliser une identité régionale forte au service de la justice sociale. Des experts et historiens soulignent l'importance de ce mouvement dans le contexte socio-politique de la France des années 70.







