Ce mardi 17 février, l'Assemblée nationale a observé une minute de silence pour Quentin Deranque, militant âgé de 23 ans, mort la semaine dernière à Lyon suite à une agression survenue lors d'affrontements entre l'ultragauche et l'ultradroite.
Cette initiative a été lancée par Éric Ciotti, leader de l'UDR (Union des droites pour la République), et a été approuvée lors de la conférence des présidents, qui inclut les présidents de groupe, la présidente de l'Assemblée et ses vice-présidents.
Le groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) a cependant exprimé des doutes. Paul Molac, député du Morbihan, a reconnu qu'un "crime" avait été commis, mais a insisté sur la nécessité de connaître tous les faits avant de décider de rendre hommage, mettant en garde contre "la tyrannie de l'immédiateté".
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Conférence des présidents
Le processus entourant ces minutes de silence est désormais plus rigoureux. Un document de décembre 2023 indique que les hommages doivent être initiaux du Président de l'Assemblée ou des présidents de groupes, bien que des exceptions puissent exister pour les vice-présidents.
Pour qu'un hommage soit rendu, il doit y avoir une demande explicite d'un groupe politique. Par la suite, le vote des présidents de groupe déterminera la suite donnée à cette demande.
Le document précise également que la minute de silence devrait être systématique pour les forces de l'ordre décédées en service, pour des figures majeures de la politique française, ainsi que pour les actes de terrorisme en France ou à l'international.
Les députés doivent cependant déterminer ce qu'un événement majeur pour la Nation implique, qu'il s'agisse d'une tragédie mobilisant l'opinion publique ou d'un événement festif ou symbolique.
Un hommage "qui sort un peu des jurisprudences de l'Assemblée"
Concernant l'hommage à Quentin Deranque, tous les présidents de groupe ont voté en faveur de la proposition d'Éric Ciotti, y compris La France insoumise, malgré les tensions entourant leur mouvement, notamment à la suite des liens entre ce dernier et le mouvement antifasciste Jeune Garde. Un assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député insoumis, figure parmi les premiers suspects interpellés.
Mathilde Panot, chef de file des députés insoumis, a soutenu la minute de silence tout en insistant sur la nécessité d'en faire un hommage respectueux. Elle a également évoqué la récente montée des violences d'extrême droite, déclarant regretter qu'aucun hommage n'ait été rendu pour l’ancien joueur de rugby argentin Federico Martin Aramburu, abattu à Paris en 2022.
Une partie des députés de la droite comme celle de l'extrême gauche sont venues témoigner de leur préoccupation face à la violence qui oppose les idéologies politiques. "Nous avons souhaité que cette minute, qui sort un peu des jurisprudences de l'Assemblée, soit élargie à toutes les victimes de violences politiques ces dernières années", a déclaré Stéphane Peu, président du groupe GDR.
La députée d'Horizons, Anne-Cécile Violland, a cependant choisi de rester assise durant cette minute de silence, justifiant son geste par le fait qu'elle voulait voir une prise de conscience plus large sur la violence envers les femmes et les enfants.
Plusieurs précédents
Les règles entourant l'organisation de minutes de silence, bien que clarifiées, restent parfois floues. Ainsi, en avril dernier, un hommage a été rendu à Aboubakar Cissé, tué dans une mosquée. Pourtant, la difficulté de consensus entre les différents mouvements politiques avait également provoqué des tensions.
En effet, plusieurs demandes d'hommages ont été refusées par la conférence des présidents, y compris celles pour des jeunes victimes de violences haineuses, soulevant des interrogations sur la procédure en place.







