Être secrétaire de mairie, c'est souvent être comme un "couteau suisse", particulièrement dans plusieurs petites communes d'Ardèche, selon Caroline Courtier, 37 ans. En ce 15 mars, alors que le premier tour des élections municipales se profile, un travail de préparation méticuleux est en cours.
Comment ça va ?
Je me sens heureuse ! Vivre en Ardèche a une grande importance pour moi. Originaire de cette région, c'est ici que j'ai grandi, étudié et où j’ai choisi de m'établir. La nature est essentielle dans ma vie. Pendant mes loisirs, je flâne dans les paysages ardéchois, m'occupe de mes animaux, et aide mes amis agriculteurs lors des récoltes de châtaignes ou des soins aux volailles. La proximité de ma famille m'apporte un soutien inestimable. Certes, il existe des tensions, mais je m'en sens assez éloignée. Dès que je me rapproche de Montélimar, la grande ville la plus proche, je ressens une montée de stress et d'agressivité.
Ce dimanche, c'est le premier tour des élections municipales. Qu'est-ce qui s'y joue pour vous ?
La politique fait parler d'elle, mais le boulot dans nos mairies est avant tout concret et demande une rigoureuse organisation. Depuis plus d'un an, nous préparons ce scrutin : gestion des listes électorales, approvisionnement en urnes, mise à jour des pancartes, et le comptage des enveloppes sont des tâches essentielles. L’erreur n'est pas permise ! Dans le milieu rural, le maire est une figure incontournable, mais les attentes ne cessent de croître. Les habitants frappent à sa porte pour des motifs parfois anodins, allant jusqu'à se montrer exigeants sur des problématiques aussi éloignées que la météo ! Mobiliser les électeurs n'est pas la seule difficulté ; il est tout aussi compliqué de trouver des candidats pour les postes, et malheureusement, certains élus subissent même des agressions, ce qui décourage les vocations.
L’instabilité politique nationale influence-t-elle le local?
Lorsque nous avons dû organiser des élections législatives dans une ambiance de panique suite à la dissolution de 2024, l'impact a été réel ! Néanmoins, au quotidien, je ne ressens pas cette turbulence car mon rôle transcende la politique. Je suis souvent le réceptacle des angoisses et des insatisfactions des habitants. Beaucoup se sentent oubliés, et il est vrai qu'il existe un gros décalage avec la réalité des petites mairies. Par exemple, l'État s'acharne à tout dématérialiser pour soi-disant faciliter nos tâches, sans tenir compte des spécificités de nos zones peu desservies. Tout récemment, j'ai dû faire face à une coupure internet à Aizac, ce qui m'a contraint à rejoindre Aubenas pour continuer mon travail.
Qu'est-ce qui pourrait vous changer la vie, là, maintenant ?
Du temps. Ce n'est pas très original, mais cela illustre bien notre société actuelle. Dans une commune où je dépends que quelques heures par semaine, un couple est venu me voir pour construire un abri de jardin. Ma tâche est de les guider à travers les formalités administratives, mais comment concilier cela avec la multitude d'autres tâches et le téléphone qui sonne en permanence ? C'est l'énigme à laquelle de nombreux villageois font face.
La dernière actualité qui vous a marquée ?
Je m'intéresse peu à l'actualité, manquant souvent de temps et préférant préserver ma bonne humeur. Mon attention est surtout attirée par les gros titres. Récemment, l'accident tragique à Crans-Montana m'a touchée, avec ces jeunes qui célébraient la vie et ont perdu la leur. Cela a interpellé mes collègues, car les préfets ont demandé aux mairies d’intensifier les contrôles dans les établissements festifs. Cette émotion me touche d'autant plus étant donné ma nature empathique, essentielle à mon rôle de secrétaire de mairie. Nous passons beaucoup de temps à écouter les préoccupations des habitants.
Y a-t-il des idées reçues sur votre métier qui vous agacent ?
Le stéréotype du fonctionnaire souvent perçu comme paresseux. Pourriez-vous venir passer une semaine avec moi ? Vous verriez que la secrétaire de mairie est bien plus qu'un fonctionnaire. Il faut avoir des compétences variées, qu'il s'agisse d'urbanisme, de gestion des cimetières, de l'état civil, etc. Les imprévus de la vie quotidienne, comme un accident ou un âne bloquant la route, sont fréquents. Depuis la pandémie, j'ai aussi dû gérer de nombreux conflits, car la méfiance entre les gens s’est accrue. Cela peut être épuisant, mais j'apprécie toujours cette proximité avec les habitants.







