Qu'est-ce que la Commune ? D’où vient-elle ? Que veut-elle vraiment ? Michel Winock, dans son ouvrage profondément documenté, aborde ces questions tout en captivant le lecteur grâce au récit de figures emblématiques de cette période tumultueuse. L'historien, également chroniqueur régulier dans Sud Ouest Dimanche, nous fait réfléchir à la signification de cet épisode marquant.
Pourquoi revenir sur la Commune après vos précédents écrits à ce sujet ?
Bien que de nombreuses sources aient été épuisées, ce qui reste, c’est l’interprétation. La Commune est à la fois un événement historique et un mythe. Ce livre s'inscrit dans la collection Les journées qui ont fait la France, soulignant des épisodes glorieux ou tragiques. Le 18 février 1871, date de l’émergence de ce soulèvement, pourrait être trivial mais se révèle être essentielle dans le drame continu de notre histoire nationale.
Quel héritage cette guerre civile a-t-elle dans notre mémoire collective aujourd'hui ?
Si les hommes politiques actuels ne la mentionnent guère, la Commune a été fondatrice pour le mouvement socialiste. Elle marque un tournant où pour la première fois, les ouvriers ont établi leur pouvoir à Paris durant soixante-douze jours. Karl Marx, dans son essai La Guerre civile en France, a élevé cet épisode au rang de première révolution prolétarienne en affirmant qu’il s’agissait d'un gouvernement de la classe ouvrière.
La Commune a-t-elle conservé des valeurs symboliques pour les différentes orientations politiques ?
Pour la droite, la Commune représente une époque de chaos, illustrée par des critiques sévères d'auteurs comme Théo Gautier. En revanche, les défenseurs de la Commune, parmi lesquels des figures telles que Jules Vallès, ont salué cette période comme un symbole de lutte de classes. Ce mouvement a ainsi pris une dimension littéraire et mémorielle indéniable.
Son importance s'est accrue au fil du temps, rendant la Commune universelle par sa mythologie.
Y a-t-il des symboles qui perdurent à travers le temps ?
Absolument. Des éléments tels que le drapeau rouge et le mur des Fédérés évoquent encore cette période. La chanson L’Internationale, écrite par Eugène Pottier, ou Le Temps des cerises, renforcent ce lien avec notre héritage commun.
Peut-on établir un lien entre la Commune et les enjeux sociopolitiques actuels ?
La Commune articulait un désir de République fédérale, loin d’un État centralisé. Ceci résonne avec les défis contemporains comme la méfiance envers les représentants élus et les fractures sociales persistantes.
Les femmes ont-elles joué un rôle significatif pendant la Commune ?
Incontestablement. Elles ont été des acteurs clés, tant en tant que combattantes que soutien logistique. Élisabeth Dimitrieff, qui dirigea l’Union des femmes, en est l'illustration marquante. Louise Michel est, quant à elle, devenue une figure emblématique après la Commune, plaidant pour l'anarchie et la justice sociale.
Et leur droit de vote ?
Malgré leur participation active, le droit de vote n’a pas été un enjeu. Il faudra attendre encore de nombreuses années pour une telle avancée.







