"On frôle l'outrage, il vaut mieux qu'on s'arrête." Ce mercredi, le procès de Patrick Balkany a été suspendu pendant plusieurs heures au tribunal correctionnel de Nanterre, après un intervention énergique de l'ancien maire sur l'utilisation de policiers municipaux comme chauffeurs personnels.
Le lendemain des réquisitions de 18 mois de prison ferme pour l'emploi présumé fictif d'un collaborateur, Balkany, âgé de 77 ans, avait à répondre sur un second dossier.
La justice l'accuse d'avoir détourné des fonds publics en affectant, entre 2010 et 2015, trois agents de la police municipale, ainsi qu'un policier national en disponibilité, à son service personnel pour des déplacements privés.
Dès l'ouverture, l'audience a pris une tournure houleuse.
L'avocat de la défense, Me Robin Binsard, a présenté des conclusions de nullité, dénonçant des "dysfonctionnements majeurs" dans l'enquête, ouverte en décembre 2012, qui a vu passer neuf juges d'instruction, dont quatre sans avoir accompli un seul acte, comme l’a rapporté *Le Parisien*.
Le procureur a fermement réfuté cette attaque : "Le temps ne fait rien à l'affaire, comme le dit la chanson". La juge, Céline Ballerini, a décidé de lier cet incident au fond, provoquant ainsi la colère de Balkany.
"Le maire en fonction est responsable de tout, le juge n'est responsable de rien", a-t-il rétorqué, déclenchant une nouvelle montée de tensions.
Évoquant le malaise au sein de la police municipale, l'enquête avait été alimentée par une lettre anonyme relatant des détachements de chauffeurs jusqu'aux Caraïbes.
Interrogé sur l'utilisation des véhicules, l'ancien maire a ironisé sur un chauffeur qui "l'amenait à la plage faire des châteaux de sable". Il a promis que ce système répondait à des impératifs de sécurité, en rappelant l'instauration de la police municipale en 1983 à la demande de Charles Pasqua, suite à des violences subies, dont une attaque "à coups de hache" le jour de son élection.
Estimant une protection privée trop coûteuse, il a justifié le recours à des policiers "volontaires et sportifs" entraînés à la défense.
Cependant, les témoignages d'anciens chauffeurs ont offert un tout autre récit. Lors de sa garde à vue en 2018, un policier a affirmé avoir perdu huit kilos en un an à cause des conditions de travail difficiles. Il a également précisé qu'il passait des semaines chez les Balkany au manoir de Giverny, se sentant traité comme un "larbin de service".
Un autre agent, resté huit ans à son service, a décrit ses voyages à Saint-Martin, où il transportait l'épouse de l'élu à des événements sociaux, côtoyant des personnalités comme Eric Zemmour et Eric Naulleau. "On voit bien l'enfer qu'il vivait...", a ironisé Balkany, nez au vent.
Expliquant qu'il traitait ses employés avec bienveillance, il a vanté son « générosité » en affirmant que Johnny Hallyday l'invitait souvent à ses spectacles, demandant pour ses chauffeurs des places en backstage.
L'audience devrait reprendre ce vendredi, un nouvel épisode dans cette saga judiciaire qui captive l'attention des médias et du public.







