Pour tenter de rassurer les marchés, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait procéder à une hausse des taux lors de sa réunion de jeudi. Cette décision serait motivée par les craintes d'inflation provoquées par le conflit en cours au Moyen-Orient, et soulève des interrogations sur la direction future de sa politique monétaire.
Depuis juillet dernier, les taux directeurs de la BCE n'avaient pas été modifiés, car l'inflation semblait être sous contrôle. Cependant, l'escalade des tensions au Moyen-Orient, notamment la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, a entraîné la fermeture du détroit d'Ormuz, un axe crucial pour l'approvisionnement en pétrole. Cette situation a fait grimper les prix de l'énergie, relançant l'inflation dans la zone euro où elle a atteint 3,2 % en mai, bien au-delà de la cible de 2 % de la banque.
Les économistes s'attendent donc à une réaction rapide de la part de la BCE. "Une décision de ne pas relever les taux serait inattendue", affirme Carsten Brzeski, économiste chez ING, en soulignant que la BCE pourrait également dévoiler ses nouvelles prévisions économiques.
L'augmentation des taux par la BCE a pour effet de rendre le crédit plus coûteux, ce qui a tendance à ralentir la consommation et l'investissement. L'intention est de modérer la demande pour lutter contre l'inflation croissante.
D'autres grandes institutions, dont la Réserve fédérale américaine et la Banque d'Angleterre, prendront également leurs décisions plus tard ce mois-ci, cependant, elles ont jusqu'ici choisi de suspendre tout mouvement pour évaluer les impacts économiques découlant du conflit.
Cette hausse prévue des taux serait la première depuis septembre 2023, marquant la fin d'une série de relèvements lancée pour combattre l'inflation qui a surgi après l'invasion russe de l'Ukraine.
Les responsables de la BCE semblent se préparer à ce changement. Philip Lane, leur chef économiste, a récemment alerté sur la possibilité d'une révision à la hausse des prévisions d'inflation en raison de la persistance des prix élevés de l'énergie. De son côté, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a affirmé qu'une hausse des taux était désormais justifiable.
Toutefois, ce relèvement a une portée préventive. Ludovic Subran, chef économiste chez Allianz, estime qu'il vise à rassurer sur la prise en compte des chocs inflationnistes futurs. Il prévoit un pic inflationniste dans le courant de l'été.
Cependant, la croissance économique semble s'affaiblir. L'Union européenne a réduit sa prévision de croissance pour la zone euro à 0,9 % en 2026, contre 1,2 % précédemment. La Banque de France pourrait également bientôt réajuster ses estimations après un recul inattendu du PIB français de 0,1 % au premier trimestre.
Dans ce contexte, certains économistes affirment qu'une hausse des taux pourrait ne pas être nécessaire et que sa mise en œuvre pourrait être reportée. Bruno Cavalier, d'Oddo BHF, souligne que renforcer la politique monétaire pourrait contrarier la prudence historique, surtout lorsque de nombreux facteurs, tels que les prix du pétrole, échappent à l'influence de la BCE.
Les marchés attendent également des indications sur les décisions futures de la BCE. Christine Lagarde, présidente de la BCE, devrait faire preuve de prudence en conférence de presse, soulignant que le contexte géopolitique demeure incertain, rendant peu probable un engagement ferme de la banque. Ulrike Castens, économiste chez DWS, rappelle que le principe de décider "réunion par réunion" devrait demeurer la norme.
Bien que les marchés anticipent trois hausses cette année, une poursuite du resserrement monétaire après juin pourrait lourdement impacter la croissance, une idée qui ne fait pas consensus au sein du Conseil des gouverneurs, prévient M. Brzeski.







