Les témoignages d'agriculteurs révèlent les difficultés de financement : "Les banques peinent à nous prêter de l'argent" explique une éleveuse laitière de l'Ain. Grâce au bail à cheptel, elle ne loue plus seulement des animaux, mais renoue avec la croissance sans se surendetter.
Mais qu'est-ce que ce bail à cheptel ? Ce dispositif permet à un éleveur d'utiliser des vaches sans les acquérir. Les investisseurs financent l'achat des bêtes, tandis que l'éleveur s'engage à payer un loyer. Cela diminue significativement son endettement, tout en assurant un rendement aux investisseurs.
À Beaupont, Justine Chêne, 34 ans, fait tourner son exploitation agrandie. Sur ses 160 vaches, 40 ne lui appartiennent pas et sont financées par des particuliers via MyMarguerit, un projet commercialisé par Elevage et Patrimoine. "Travailler avec eux nous aide à réduire notre endettement. Dans les cinq prochaines années, l'incertitude est forte, donc autant rester stratégique" note-t-elle.
"Récupérer du capital par le bail a permis d'économiser environ 200.000 euros", déclare-t-elle, soulignant l'impact positif sur son activité.
Augmenter le cheptel pour plus de lait
Ce système lui a permis de doubler sa production laitière : "Cette année, nous viserons 650.000 litres", indique-t-elle, qualifiant cet arrangement de "win-win". Selon Carl Darjinoff, directeur de Elevage et Patrimoine, le fonctionnement est simple : "Vous investissez et nous convertissons cette épargne en animaux, distribuant ensuite les rendements." Pour les investisseurs, il s'agit d'une performance rare, passant les 6% par an, deux à trois fois plus qu'un placement classique tel qu'une assurance-vie.
"L'idée des vaches est très tangible et en phase avec le besoin actuel d'aider le monde agricole", confie Lionel Cotin, un investisseur avisé.
Le bail à cheptel, en vigueur depuis 1972 en France, reste encore relativement peu répandu malgré ses avantages. Il permet aux éleveurs de surmonter leur endettement – présentement évalué à une moyenne de 236.500 euros par exploitation selon Agreste. En théorie, les animaux sont récupérés par les investisseurs en cas de défaillance de l'éleveur, assurant ainsi un risque contrôlé pour eux. Les perspectives de rentabilité, le soutien aux agriculteurs, ainsi que l'impact sur le marché rendent ce modèle d'investissement particulièrement attractif. Aujourd'hui, près de 40.000 vaches sont concernées par un système au potentiel encore inexploité en France.







