Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ambitionne de transformer Israël en une véritable "super-Sparte" du Moyen-Orient, mais cette vision s'accompagne d'un coût financier exorbitant qui menace les secteurs cruciaux comme l'éducation et la santé.
Suite à l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023, la facture du conflit a rapidement grimpé à 405 milliards de shekels, soit près de 120 milliards d'euros, comme l’a indiqué le gouverneur de la Banque centrale, Amir Yaron.
"C'est un montant colossal qui dépasse 17% du PIB", a-t-il souligné lors d'un colloque à Herzliya, ville située au nord de Tel-Aviv.
D'autres opérations militaires, notamment contre l'Iran, ont également pesé sur les finances israéliennes, entraînant un coût additionnel estimé à 35 milliards de shekels (environ 10,5 milliards d'euros) jusqu'à l'instauration du cessez-le-feu le 8 avril, selon le ministère des Finances.
Dans ce contexte, le gouvernement israélien a vu le budget militaire plus que doubler depuis le 7 octobre, ce qui a incité à l'emprunt massif sur les marchés internationaux en 2024 et 2025. La dette publique a ainsi atteint plus de 69% du PIB, en hausse par rapport aux 60% d'avant le conflit.
- "Economie du traumatisme" -
Selon Esteban Klor, professeur à l'Université de Jérusalem, les Israéliens font face à un double coût. Le premier réside dans la réduction des budgets sociaux, avec des coupes significatives affectant déjà l'éducation et les infrastructures. "La qualité des services sera compromise", prévient-il.
Le second coût découle de la mobilisation de milliers de réservistes, affectant la productivité à un moment où la main-d'œuvre est déjà en tension. Une enquête de l'Institut israélien pour la démocratie révèle que 31% de la population a vu ses revenus diminuer depuis le début des hostilités.
Cependant, l’économie israélienne s’est rapidement redressée, affichant en 2024 un PIB revenu à son niveau de 2022, avec une croissance projetée à +2,9% pour 2025. Pourtant, lors du colloque à Herzliya, Tamar Levi-Boneh a alerté sur le risque d'une "économie du traumatisme", où la demande accrue pour le budget de la défense pourrait freiner d'autres investissements essentiels.
- "Supériorité écrasante" -
M. Netanyahu défend une stratégie axée sur l'auto-suffisance militaire, en affirmant qu'Israël doit garantir sa sécurité indépendamment des aides américaines, notamment en annonçant un investissement de 350 milliards de shekels dans les dix prochaines années pour renforcer l'industrie de défense nationale.
Esteban Klor met en garde contre des prévisions suggérant que le budget de la Défense pourrait bientôt excéder 10% du PIB, en appelant à un retour à une situation budgétaire plus équilibrée. Les inégalités en Israël, par ailleurs, demeurent criantes, avec 28% des enfants vivant sous le seuil de pauvreté, aggravées par la guerre selon des données de la Sécurité sociale israélienne.







