En 1926, Odos, petite commune aux portes de Tarbes, est le théâtre d'un drame tragique. L’affaire Montoliu, où un fils tue son père, illustre la dégradation des liens familiaux sous l’effet d’un conflit profond. Thierry Sagardoytho nous plonge dans cette histoire déchirante.
Une famille sous tension depuis des années
La famille Montoliu est bien implantée à Odos. Thomas, un équarrisseur réputé, a bâti une entreprise florissante, emportant avec lui plusieurs membres de son clan. Cependant, l'harmonie familiale est trompeuse. Les relations entre Thomas et son fils Eugène, quadragénaire, sont chargées de conflits. Ce dernier, en désaccord avec son père, a quitté l'entreprise familiale, ce qui n'a fait qu'accroître les tensions.
Installé en face de la propriété familiale avec sa femme et leurs cinq enfants, Eugène reproche à son père de l'avoir lésé dans le partage des biens après le décès de sa mère. Les disputes deviennent régulières, et Eugène n’hésite pas à menacer Thomas, clamant un jour : “Tout me reviendra.”
Des violences et une condamnation sous tension
En 1921, Thomas avait déjà déposé une plainte contre son fils pour extorsion, sans succès. En janvier 1926, les tensions atteignent un point de non-retour lorsque Thomas est retrouvé blessé, avec un visage tuméfié. Le lien avec son fils devient évident.
Le 19 mars 1926, Eugène se présente au tribunal de Tarbes, argumentant qu’il est la victime d'un père injuste. Malgré les preuves, les juges optent pour la clémence : il écope de huit jours de prison avec sursis. À l’annonce du verdict, Eugène déclare avec ironie : “Vous venez de condamner un innocent qui deviendra, un jour, un grand coupable.”
Le soir du drame
Le jour même du jugement, père et fils se croisent dans une auberge. L’ambiance est électrique. Un ami de Thomas conseille même à ce dernier de s'éloigner. De retour chez lui, Thomas ouvre la porte pour prendre l'air lorsque des coups de feu résonnent. Il s'effondre, victime de ses blessures fatales.
Rapidement, les soupçons se portent vers Eugène. Un témoin le voit entrer dans la maison avec un objet à la main. Peu de temps après, Eugène se présente chez les gendarmes de Tarbes et déclare calmement : “Je me constitue prisonnier.”
Un parricide assumé
Eugène admet avoir tué son père, arguant qu’il a agi dans un accès de colère. Alors qu’il est placé en détention pour parricide, il évoque des troubles de mémoire, ce qui intrigue les enquêteurs. Les expertises psychiatriques suggèrent une simulation, mais admettent également que sa haine envers son père a pu altérer son jugement.
Le verdict et une vie brisée
Le procès attire une foule considérable en décembre 1926. Eugène échappe à la peine de mort, mais est condamné à dix ans de bagne en Guyane. À son retour en Bigorre en 1950, sa vie est entièrement détruite. Sa femme, maintenant folle, et lui-même, aux prises avec l’alcoolisme, n’arrivent pas à relever le défi. Il meurt trois ans plus tard dans des circonstances mystérieuses.
Cette affaire témoigne de la violence des dynamiques familiales et des conflits qui peuvent mener à des actes tragiques. Un héritage laissé en souffrance et une histoire marquée par le drame.
Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho
Dans "Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho", plongez chaque semaine dans des affaires marquantes des archives judiciaires du Béarn, de la Bigorre et du Pays Basque.







