Vous préférez poisson, viande ou légumes ? Ces derniers jours, la question centrale du régime alimentaire s'est imposée dans les débats électoraux entre le parti au pouvoir à New Delhi et son rival dans le Bengale occidental.
Dans cette région du nord-est, frontalière du Bangladesh, près de 76 millions d’électeurs se prépareront à élire leurs 284 représentants locaux les 23 et 29 avril prochains.
Le Bharatiya Janata Party (BJP), dirigé par le Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, intensifie sa campagne pour déloger le Trinamool Congress (TMC), un des derniers bastions où il n’exerce pas encore le pouvoir.
Face à cette offensive, Mamata Banerjee, la cheffe sortante de l’exécutif local, a choisi de jouer la carte alimentaire. Elle a averti lors d’un meeting public : "Si le BJP accède au pouvoir, il interdire le poisson, la viande et même les œufs." Elle a ajouté que ce parti ne comprenait ni les traditions ni la culture du Bengale, le qualifiant de "parti d'étrangers".
Réagissant à ces accusations, la direction du BJP a bien sûr démenti ces propos. Le leader local Samik Bhattacharya a même moqué les préoccupations de Banerjee, insinuant qu’elle réalisait qu’elle allait perdre les élections. "Même parmi nos dirigeants, beaucoup ne sont pas végétariens", a-t-il affirmé à l’AFP.
Cette polémique prend d'autant plus d'importance dans un État où environ 30 % de la population est musulmane, traditionnellement mangeuse de viande et de poisson, tandis qu’une partie significative de la communauté hindoue privilégie un régime végétarien.
Sabyasachi Basu Roychowdhury, ancien vice-chancelier de l’université Rabindra Bharati, a observé que "le poisson est crucial dans la culture bengalie" et que les préférences alimentaires pourraient fortement influencer l'attitude des électeurs.
En effet, depuis l’arrivée de M. Modi au pouvoir en 2014, le BJP est souvent accusé par ses opposants de vouloir "hindouiser" davantage l'Inde et d’imposer des restrictions aux minorités, en particulier musulmanes. Cette mouvance s'est traduite par des limitations sur la consommation de bœuf, un aliment sacré pour les hindous, ainsi que par des violences ciblées contre des bouchers musulmans.
Dans une tentative de récupérer du terrain, les candidats du BJP ne rechignent pas à exhiber des poissons lors de leurs tournées électorales, un geste que M. Bhattacharya explique comme une critique du TMC et un débat sur les habitudes alimentaires.
Cette dynamique souligne une nouvelle fois comment l'alimentation devient un enjeu politique majeur, résonnant aux quatre coins du pays.
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