Le ministre des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, se présente comme le principal concurrent lors de l'élection présidentielle de dimanche, face à Paul Hounkpè, un adversaire peu connu. Ce scrutin s'inscrit dans un contexte de mutations économiques profondes et de préoccupations sécuritaires dans le pays.
Près de huit millions de citoyens béninois sont appelés aux urnes à partir de 07H00 (06H00 GMT) pour voter pour le successeur de Patrice Talon, qui termine son mandat après deux quinquennats conformément à la loi.
La participation électorale est au cœur des enjeux, après une campagne marquée par un faible engouement, beaucoup d'observateurs considérant que l'issue est déjà connue. Soutenu par les principaux partis de la majorité, Romuald Wadagni doit faire face à Paul Hounkpè, dont la campagne a manqué de visibilité.
Rufin Godjo, expert en processus électoral, souligne que l’absence de débats a nui à l’engouement électoral. "Il ne peut pas y avoir de mobilisation sans véritable compétition", juge-t-il.
Certains Béninois n'auront même pas l'occasion de voter pour un candidat de leur choix, puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à recueillir le nombre de signatures requis pour participer.
Arnold Dessouassi, enseignant de 39 ans, exprime son désenchantement : "Je n’irai pas voter, car cette élection manque d'inclusivité". Il déplore l'absence de véritables opposants dans ce scrutin.
En réponse à ces critiques, la majorité met en avant les divisions internes du parti Les Démocrates, qui ont conduit à leur exclusion de la compétition. De nombreuses figures de ce parti ont récemment rallier le camp de Wadagni.
Les tensions restent palpables, avise Rufin Godjo, qui affirme que les espoirs électoraux de nombreux Béninois ont été brisés.
- "Trêve politique" -
Les Béninois n’auront pas d’autre occasion de voter avant 2033, suite à une réforme constitutionnelle qui prolonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans et synchronise tous les scrutins. Cette "trêve politique" est perçue par les membres de la majorité comme une nécessité pour favoriser un dialogue constructif.
Les observateurs se questionnent également sur la façon dont le futur président gérera les libertés publiques après une décennie de restrictions croissantes sous Patrice Talon. Romuald Wadagni, en tant que pilier de la continuité, devra faire face à des attentes élevées en matière de transparence et de justice.
Le prochain président héritera d’un Bénin en pleine transformation. Bien que le PIB ait doublé et que la croissance annuelle dépasse les 6 %, de nombreux citoyens continuent de se plaindre de ne pas voir les bénéfices de ce développement sur leur qualité de vie.
Son adversaire Paul Hounkpè a promis de s’attaquer à la question de la pauvreté, qui touche plus de 30 % de la population. La plupart des Béninois espèrent des améliorations sur le coût de la vie et l’accès aux services essentiels.
La situation sécuritaire reste préoccupante, notamment dans le nord du pays, où se multiplient les attaques jihadistes, contribuées par des groupes comme le JNIM, qui se sont implantés dans la région. L'entourage de Wadagni préconise une approche à long terme pour répondre à ces défis sécuritaires.
S'il est élu, il pourra s'appuyer sur le soutien de l'armée, essentielle, qui a joué un rôle dans la préservation de l'ordre lors de la récente tentative de coup d'État.







