Mercredi, le bureau du procureur fédéral à New York a placé sur le banc des accusés Ruben Rocha Moya, gouverneur de l'État de Sinaloa, en l'inculpant de trafic de drogue, en raison de ses liens présumés avec le crime organisé. C'est une situation rare impliquant un haut fonctionnaire mexicain en exercice.
Âgé de 76 ans, M. Rocha Moya, membre du parti Morena au pouvoir, dirige Sinaloa depuis 2021, en plein cœur d'un climat de violence effrénée entre les factions du célèbre cartel qui porte le même nom. Ces affrontements ont intensifié les inquiétudes sur la stabilité de la région.
Les procureurs accusent le gouverneur et neuf autres personnalités politiques, dont des sénateurs et des élus locaux, d'avoir formé une alliance avec le cartel de Sinaloa pour acheminer d'importantes quantités de drogues vers les États-Unis. Parmi les accusés figure également le vice-procureur de l'État, Damaso Castro.
Dans une réaction publique sur la plateforme X, Rocha Moya a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant d'« infondées et sans preuve ». Il a ajouté que cette attaque ne ciblait pas seulement sa personne, mais le mouvement de transformation politique qu'il défend au Mexique.
Le ministère mexicain des Affaires étrangères a annoncé qu'il protesterait officiellement auprès de Washington, soulignant que les accords bilatéraux stipulent la confidentialité des informations, un aspect[important](https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/01/le-gouvernement-mexicain-protestera-contre-les-accusations-americaines_6171229_24.) qu'ils estiment avoir été violé.
Concernant le rôle d'un cartel, les autorités de New York allèguent que le groupe de « Chapitos », les fils de Joaquín Guzmán, surnommé « El Chapo », a activement soutenu la campagne de Rocha Moya. En échange, ils auraient reçu des promesses de protection lors de leurs opérations de distribution de drogues aux États-Unis.
Le procureur a précisé que certains responsables politiques avaient utilisé leur pouvoir pour favoriser le cartel, ce qui a exposé la population à des violences et des menaces. « El Chapo », actuellement purgée une peine à perpétuité, voit ses fils, également impliqués dans le narcotrafic, sous les verrous.
Au cours de son mandat, Rocha Moya a dû faire face à une violence croissante entre les factions du cartel de Sinaloa, notamment après l'arrestation d'un autre chef de cartel. Ce conflit a laissé derrière lui des centaines de morts dans l'État, amplifiant les craintes de la population en matière de sécurité.
Le cartel de Sinaloa est désormais désigné comme une “organisation terroriste” par les États-Unis, soulignant le poids de la situation. Le gouvernement de Donald Trump avait précédemment exercé des pressions sur le Mexique pour qu'il contrarie le trafic de drogue, notamment celui du fentanyl, et avait menacé d'imposer des sanctions.
En parallèle, l'administration mexicaine a intensifié ses opérations contre des barons de la drogue. Une récente mort, celle de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », a suscité l'espoir d'un changement.
La presse locale évoque un sentiment de malaise à Washington face aux liens présumés entre certains responsables politiques, majoritairement de Morena, et le crime organisé. Plusieurs personnalités ont même vu leur visa annulé sous la pression des autorités américaines.







