Le récent décret du gouvernement taliban sur le mariage des mineurs suscite l'inquiétude à l'échelle internationale. Adopté mi-mai, ce code, composé de 31 articles, apporte des modifications inquiétantes concernant le statut matrimonial, en particulier pour les femmes et les filles, comme l'a souligné l'ONU.
Les experts de l'ONU dénoncent ce texte qui "renforce la discrimination systémique" et menace les droits fondamentaux des femmes afghanes. Georgette Gagnon, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l'ONU, a affirmé : "Ce décret fait partie d'une tendance alarmante où les droits des femmes et des filles sont de plus en plus restreints". Ce constat est renforcé par les restrictions imposées depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, qui incluent l'interdiction pour les filles de poursuivre leur éducation au-delà du primaire et l'interdiction d'accéder à divers espaces publics.
Les nouvelles lois compliquent également les procédures de divorce, surtout pour les femmes. Selon le code, en cas d'absence prolongée du mari ou d'autres circonstances, les modalités de séparation sont véritablement alourdies pour celles-ci, soulignant les inégalités prévues dans le texte.
L'article 5 du code est particulièrement préoccupant : il permettrait aux membres de la famille d'enregistrer des mariages de mineurs sans le consentement explicite des intéressés, une démarche qui pourrait légitimer les mariages d'enfants. "Si un membre de la famille conclut un contrat de mariage au nom d’un mineur, celui-ci peut être considéré comme valide", a noté le bureau de l'ONU en Afghanistan (Unama).
Une loi en décalage avec les pratiques traditionnelles
Les pratiques traditionnelles en Afghanistan, où des promesses de mariage sont souvent échangées dès le plus jeune âge, s'ajoutent aux implications de ce décret. Alors que le code précédent exigeait un âge minimum de 16 ans pour se marier, cette nouvelle réglementation semble ignorer de nombreux principes éthiques et moraux.
Les incertitudes persistent quant à ce qu'implique réellement la notion de puberté dans le contexte légal du mariage, car le ministère de la Justice n'a pas précisé à quel âge exact ces unions pourraient débuter. Pendant ce temps, des voix critiques émergent, mettant en lumière le fait que "sans l'accord explicite d'une fille mineure, son silence pourrait être interprété comme un consentement", ce qui soulève encore plus de questions sur le respect de ses droits.
Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a tenté de défendre ces nouvelles règles en affirmant que "ce genre de cas ne deviendra pas commun en raison d'un ordre réaffirmant que le mariage d'une fille nécessite son accord". Cependant, cette assurance n'a pas suffi à apaiser les nombreuses critiques qui émergent de la communauté internationale et des défenseurs des droits de l'homme, qui craignent un nouvel recul par rapport aux acquis des femmes en Afghanistan.
Parallèlement, des experts s'inquiètent des implications plus larges de ce code, qui prévoit que les femmes doivent attendre que la disparition de leur mari soit confirmée avant de pouvoir envisager un remariage, ajoutant une couche d'incertitude sur les droits des femmes et leur autonomie.







