Dans le tumulte des rires, un homme lutte contre les eaux sombres du Dniepr. Un secouriste, sous le regard distrait des baigneurs, plonge à sa rescousse. La démonstration se termine sur la rive, laissant place à un moment de réflexion.
"Il fait très chaud en Ukraine actuellement. Les gens cherchent à se détendre près de l'eau, mais la sécurité est primordiale", explique un membre des services d'urgence, s'adressant aux estivants. Les sauveteurs, revêtus d'un uniforme bleu marine, tentent d'attirer l'attention des baigneurs sur les risques potentiels de noyade.
Alors que la chaleur écrasante touche l'Ukraine, avec des températures pouvant atteindre 38°C cette semaine, une autre réalité s'invite: en juin, 123 personnes se sont noyées, dont dix à Kiev, selon des statistiques récentes.
Mais les dangers ne découlent pas uniquement de l'eau. Depuis le début de l'année, la municipalité a déconseillé l'accès aux plages à cause des bombardements russes. Mi-juin, des missiles ont été interceptés au-dessus de la capitale, suscitant l'inquiétude des habitants.
Récemment, une jeune femme a perdu la vie sur une plage d'Odessa à la suite d'une attaque par drone. Deux secouristes, filmés en train de s'efforcer de réanimer son corps, nous rappellent la menace omniprésente.
Ivan Pyrtsou, 39 ans et soldat en permission, surveille attentivement ses trois filles tout en profitant du fleuve. "Il fait chaud dans notre appartement, et on ne peut pas rester trop longtemps dans la climatisation, sinon on tombe malades", confie-t-il.
Bien qu'il n'ait pas repéré de refuge sur la plage, il considère que les attaques en pleine journée sont rares, même si les sirènes retentissent presque quotidiennement. "Si quelque chose vise la plage, que faire? Regarder", dit-il, balayant les lieux du regard.
Malgré tout, il préfère ne pas penser à la guerre : "Tout le monde ne peut pas rester tendu. Il faut savoir se reposer". Sur l'eau, un matelas flottant est occupé par des adolescents riant ensemble, insensibles aux fresques commémoratives situées sur l'autre rive, honorant les brigades engagées au front.
Mariana Tsymbalenko, professeure de langue, apprécie la fraîcheur du Dniepr. "C'est ma façon de m'éloigner de la climatisation pour des raisons écologiques", explique-t-elle. Cette préoccupation est particulièrement pertinente alors que la montée des températures entraîne des coupures d'électricité dans certaines régions, comme le rapporte Le Monde.
Avec les infrastructures énergétiques déjà fragiles en raison des frappes russes, Serguiï Kovalenko, directeur général de Yasno, met en garde contre une situation potentiellement explosive cet été.
Face à cette menace, Mariana reste pragmatique : "Je n'y ai pas encore réfléchi", admet-elle avec un sourire. Pour ce qui est des rafales, elle préfère "s’en remettre à Dieu". Fuyant Kramatorsk, elle s'acclimate à cette nouvelle réalité. "Il vaut mieux affronter la chaleur que la guerre", conclut-elle.







