Double médaillée aux Jeux paralympiques de Paris 2024, la paracycliste Marie Patouillet a laissé une empreinte indélébile en célébrant sa victoire par un baiser avec sa compagne. Ce geste, bien que personnel, est devenu le symbole d'un engagement fort contre l'homophobie et la lesbophobie dans le sport de haut niveau, qu'elle a partagé lors de son intervention dans M6.
Un an et demi après les Jeux paralympiques de Paris, cet instant tendre continue d’éveiller des réactions. "Aujourd’hui, on m’arrête encore pour ce baiser", a-t-elle déclaré. Ce geste, qui devrait être simplement intime, est devenu un acte politique puissant. "C’est une image de représentation. Un baiser lesbien, une forme d’amour", a insisté Marie Patouillet. La championne souligne que la visibilité est cruciale dans la lutte contre les discriminations: "Sans représentation, il n'y a pas de problème à reconnaître".
Malgré les nombreux retours positifs qu'elle a reçus, Marie Patouillet a aussi fait face à des commentaires hostiles. Lors d'une rencontre avec certaines figures influentes du sport, elle a déploré que l'on lui ait suggéré que ce n'était pas le bon moment pour parler de son orientation sexuelle, une pression pour rester dans l'intimité qu'elle a fortement critiquée.
Blagues, remarques, harcèlement : un climat banalisé
Marie Patouillet a partagé ses expériences douloureuses de commentaires déplacés durant ses années d'entraînement. "Le sport de haut niveau est encore imprégné de blagues inappropriées", explique-t-elle. Elle raconte un incident frustrant lors d’une réunion d’équipe où une remarque sexuelle à son sujet avait suscité des rires, la forçant à se poser des questions sur sa propre réaction. "Sur le moment, je n'ai rien dit. Chaque rire me poussait à me sentir comme la 'lâcheuse de service' à chaque fois que je choisissais de garder le silence".
Marie atteste qu'affronter ces commentaires demande une force d'âme considérable. Pour elle, se taire devient souvent une forme de protection face à un environnement pesant : "Il faut avoir les épaules larges pour affronter le regard des autres. Cela peut sembler risqué de s'exprimer". Elle exprime son inquiétude face au nombre d'athlètes qui choisissent de dissimuler leur véritable identité pour éviter d'affronter la brutalité de ces situations.
Un tabou toujours intact dans le sport de haut niveau
Pour la championne, l'absence d'athlètes masculins homosexuels dans le haut niveau sportif dévoile un problème persistant. Cela révèle un manque de sécurité et de confort psychologique pour être soi-même. "Cela montre à quel point nous devons progresser en matière de sécurité personnelle", affirme-t-elle, signalant des préjugés qui demeurent ancrés.
"La représentation est le début pour moi du combat pour l'inclusion et contre les discriminations", souligne Marie Patouillet. Sa prise de parole courageuse vise à encourager le changement et à favoriser le dialogue au sein d’un système souvent fermé. À travers son baiser et son engagement, elle souhaite laisser une empreinte durable, témoignant d'un désir ardent d’égalité.







