Paris (France) – L'axe Londres-Cologne en 3 heures 45 ou Londres-Genève en 5 heures 20 : le tunnel sous la Manche se prépare à transformer le paysage ferroviaire européen. Après des années de défis techniques et financiers, cette infrastructure emblématique s'ouvre à un avenir prometteur.
Dans une interview accordée à l'AFP, Yann Leriche, directeur général de Getlink, l'exploitant d'Eurotunnel, a déclaré que l'arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché ferroviaire après 2030 représentera une opportunité pour les trains du tunnel, augmentant ainsi leur compétitivité face aux vols aériens. "Nous sommes très optimistes. Nous prévoyons de passer de 12 à 14 millions de passagers d'ici 2030, grâce à l'ajout de nouveaux trains, dont une commande significative d'Eurostar pour des rames Alstom à deux étages", a-t-il affirmé.
Les ambitions de Leriche ne s'arrêtent pas là. Il table sur une augmentation de 10 millions de passagers supplémentaires d'ici 2035, grâce à de nouveaux entrants sur le marché tels que Virgin ou Trenitalia, qui ont déjà acquis des installations de maintenance. Il conclut : "Eurotunnel devient le maillon essentiel de la grande vitesse entre Londres et le continent européen." Actuellement, les trains à grande vitesse partent déjà vers des destinations populaires comme Paris, Bruxelles et Amsterdam, avec des plans d'extension vers l'Allemagne et la Suisse.
La croissance du marché est particulièrement prometteuse pour Amsterdam, où la part du train face à l'aéroport n'est que de 22% (contre 77% pour Paris-Londres et 84% pour Paris-Bruxelles). La mise en service d'un nouveau terminal à la gare d'Amsterdam permettra de faire partir 600 passagers par heure, une augmentation significative par rapport à l'actuelle capacité de 250.
En ce qui concerne les liaisons avec l'Allemagne, il est prévu que les temps de trajet passent à 3 heures 45 entre Londres et Cologne et à 5 heures pour Londres-Francfort d'ici 2031, avec une part de marché du train qui pourrait atteindre 40% sur ces axes par rapport aux volets aériens.
Les discussions entre le Premier ministre britannique et le chancelier allemand portent également sur la mise en place de contrôles douaniers conjoints, alors que des pourparlers officiels entre le Royaume-Uni et la Suisse avancent également.
Pour le trajet vers la Suisse, les prévisions indiquent un temps de transport de 5 heures 20 pour Londres-Genève et 6 heures pour Londres-Zurich, avec un potentiel de 1,9 million de passagers supplémentaires après 2031, garantissant une part de marché de 30% face à l'aérien.
"À l'origine, lors de la construction du tunnel dans les années 90, les projections prévoyaient 25 millions de passagers par an en 2025. Nous avons réalisé que nous étions très en retard avec seulement 12 millions aujourd'hui", a déclaré Leriche, soulignant que les standards de sécurité et d'homologation avaient considérablement ralenti la mise en service de nouveaux services. "Nous avons pris des mesures pour simplifier ces exigences, réduisant ainsi de moitié le délai d'arrivée de nouveaux trains," a-t-il ajouté, notant également le lancement d'un programme d'aides financières pour soutenir les nouveaux opérateurs.
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