Le Kazakhstan se tourne vers l'avenir avec un référendum constitutionnel, programmé pour dimanche, que les autorités présentent comme un pas vers la démocratisation de la nation. Cependant, certains estiment que les amendements proposés renforceront davantage l'autorité du président Kassym-Jomart Tokaïev.
Depuis les tragiques événements de janvier 2022, où des manifestations contre la hausse du coût de la vie ont fait 238 morts, Tokaïev a affirmé son intention de bâtir un "Kazakhstan juste" en libéralisant le paysage politique. Pourtant, ses réformes ont suscité un scepticisme croissant que certains analystes, comme Viktor Kovtounovski, n’hésitent pas à qualifier d'illusions de réformes.
Élu en 2019, Tokaïev jure que ces changements marquent la fin d'un régime hyper-présidentiel au profit d'une république présidentielle avec un Parlement plus influent. Mais la réalité pourrait être différente. Plus de 51,93 % des 12,5 millions d'électeurs se sont déjà exprimés, moment auquel le climat de contrôle social semble peser lourd sur les élections.
Les autorités ont mobilisé des personnalités sportives et des travailleurs des secteurs minier et pétrolier pour inciter la participation, un geste qui a soulevé des interrogations sur l'authenticité du processus. Des pratiques telles que le partage de selfies lors du vote sont courantes, mais elles sont souvent critiquées comme une tentative de masquer le manque de transparence.
Les critiques des amendements, souvent réduites au silence par une police proactive, soulèvent de sérieuses préoccupations concernant la liberté d'expression. Pour Tokaïev, les opposants franchissent une "ligne rouge", ignorant les bénéfices des nouvelles dispositions.
Les amendements prévoient que le président pourra nommer directement des personnes à des postes clés, tels que les chefs de la Banque centrale et des services secrets, sans passer par le Sénat, celui-ci devant d'ailleurs disparaître. Les nouvelles lois deviennent de plus en plus restrictives sur la liberté d'expression, rendant les manifestations encore plus difficiles, ce qui inquiète les défenseurs des droits de l'homme comme Human Rights Watch.
"Nous assistons plutôt à un démantèlement des rares libéralisations imposées par la pression extérieure après les événements de 2022", indique l'expert Kovtounovski. L'observation des scrutins par des entités extérieures montre que les élections au Kazakhstan continuent de valider des décisions déjà prises.
Cette adoption rapide des amendements, ainsi que l'instauration d'un vice-président, soulèvent des questions sur l'avenir politique du pays. Nazarbaï Bliev, un retraité de 90 ans, exprime son inquiétude face à la vitesse du changement, disant : "Tout se déroule très vite, sans laisser le temps à une vraie discussion". Kovtounovski note que cette précipitation pourrait préparer le terrain pour une transition contrôlée, essentielle pour Tokaïev, dont l'âge et les promesses d'un départ en 2029 jettent un flou sur l'avenir politique du Kazakhstan.







