L'avocat ultraconservateur José Antonio Kast a officiellement pris ses fonctions mercredi, devenant ainsi le président le plus à droite depuis la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).
"Oui, je le jure", a affirmé M. Kast lors d'une cérémonie solennelle devant le Parlement à Valparaíso, à environ 110 km de Santiago, où il a reçu l’écharpe présidentielle.
Des leaders régionaux tels que Javier Milei (Argentine), Rodrigo Paz (Bolivie), et la lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, ont assisté à l'événement marquant.
"Les choses vont changer", a indiqué M. Kast brièvement aux journalistes avant son investiture.
Sa montée au pouvoir s'inscrit dans un courant conservateur qui gagne du terrain en Amérique latine, un phénomène perceptible depuis le retour de Donald Trump aux États-Unis.
Selon Rodrigo Arellano, analyste politique à l'Université privée du Développement de Santiago, Kast représente "une droite conservatrice comme on n’en a pas vu depuis le retour à la démocratie".
À 60 ans, M. Kast succède au président de gauche Gabriel Boric après avoir remporté les élections de décembre, promettant de s'attaquer à la délinquance et à l'immigration illégale.
José Miguel Uriona, un commerçant de 65 ans basé à Valparaíso, a exprimé son espoir en Kast, déclarant : "Cela fait longtemps que nous souffrons de vandalisme et de criminalité au Chili." En effet, malgré une augmentation des crimes violents ces dernières années, le Chili demeure l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, avec un taux d’homicides de 5,4 pour 100 000 habitants en 2025.
L'insécurité a dominé la campagne électorale, avec Kast apparaissant souvent derrière une vitre blindée, affirmant que le pays "tombe en lambeaux".
"Les grands défis du pays ne sont pas résolus rapidement", prévient Arellano. "Kast devra être prudent pour éviter que les attentes des citoyens ne se retournent contre lui", signale-t-il.
Il proclame que son administration devra faire face à "une urgence nationale". Toutefois, ses récentes nominations ont soulevé des controverses, notamment celles de deux anciens avocats de Pinochet et d'une militante anti-avortement à la tête du ministère de la Femme.
Ces choix ont suscité l’indignation de l'opposition. Bien que la droite soit forte au Parlement, elle a besoin de quelques voix du centre gauche pour réaliser ses promesses.
Alejandro Olivares, politologue à l'Université du Chili, souligne que sa nouvelle équipe présente "très peu d'expérience en négociation politique", ce qui pourrait engendrer des problèmes avec le Parlement.
Kast a également clos le processus de transition de manière inédite, accusant son prédécesseur de dissimuler des informations cruciales concernant un projet de câble sous-marin reliant le pays à la Chine, un sujet de tension diplomatique avec Washington.
Bien qu’il ait évité les controverses pendant sa campagne, notamment sur son admiration pour Pinochet et son opposition à l'avortement, il a directement ciblé les migrants sans papiers, principalement des Vénézuéliens.
Stefanny Romero, une blanchisseuse vénézuélienne de 34 ans, a dénoncé le climat "injuste et xénophobe" de la campagne. "Tous les migrants ont été mis dans le même panier, alors que la majorité d'entre nous respecte les lois".
M. Kast n'a pas précisé comment il compte expulser environ 340 000 personnes vivant clandestinement au Chili ni comment il réduira les dépenses publiques de 6 milliards de dollars sans toucher aux aides sociales.







