Le conseil municipal d'Ajaccio s'est réuni ce jeudi 9 avril pour sa première séance. Si la formation des commissions a été validée, c'est surtout le débat d'orientation budgétaire qui a retenu l'attention des élus, une réunion placée sous le signe d'une importante hausse de la taxe foncière.
Pour la première fois en douze ans, l'exécutif municipal a décidé d'augmenter la taxe foncière de 19 % pour les propriétaires, un levier fiscal jusqu'alors écarté. Cette augmentation est justifiée par “des contraintes fiscales” ainsi qu'une “volonté politique” d'assurer un investissement de 18 millions d'euros par an. Cette décision a immédiatement suscité des réactions au sein des oppositions, accentuant les tensions avec la Collectivité de Corse.
Une hausse de la taxe foncière : de quoi s'agit-il ?
La municipalité d'Ajaccio décrit cette hausse comme une réponse à un déficit causé par plusieurs facteurs. Parmi eux, la réduction des recettes fiscales, telle que la taxe d'habitation sur les résidences secondaires, ainsi que l'augmentation des contributions des employeurs aux retraites. Ces éléments créent un décalage structurel de trois millions d'euros que la mairie s'efforce de corriger par cette hausse fiscale.
De plus, un “retrait marqué” de l'investissement de l'État et de la CDC contribue à ce déficit, le 7e adjoint aux finances, Pierre Pugliesi, évoquant un “effet ciseau” à l'origine de cette situation difficile. “Nous avons perdu 5,5 millions d'euros, la situation devient intenable,” a-t-il déclaré.
Concrètement, les propriétaires d'Ajaccio devront faire face à une augmentation moyenne de 140 euros par an, ce qui s'élève à environ 12 euros par mois. Le maire Stéphane Sbraggia défend cette mesure en affirmant qu'elle vise à garantir un taux d'investissement qui bénéficie aux services publics de la ville, et promet une rentrée de 6 millions d'euros pour compenser un déficit constaté de 5,5 millions d'euros.
Réactions de l'opposition
Cette décision n'a pas manqué de faire réagir les conseillers d'opposition. Jean-André Miniconi qualifie le rapport d'orientation budgétaire de “catastrophique”, appelant à plus d'économies pour éviter de pénaliser les Ajacciens. Il suggère également que les élus devraient “montrer l'exemple” par des réductions de leurs propres indemnités.
François Filoni, conseiller d'opposition du parti RN, souligne quant à lui la lourdeur de la masse salariale municipale, liée à des embauches effectuées durant la période électorale. Il prône une réforme du système de ressources humaines et s'oppose fermement à toute hausse d'impôts.
Pour sa part, Romain Colonna du groupe Aiacciu Vivu fustige des décisions qu'il qualifie de “matraquage fiscal”, pointant du doigt ce qu'il considère comme une gestion défaillante de la part de l'équipe au pouvoir. La majorité municipale a répliqué, dénonçant le “désengagement de l'État” et du gouvernement régional qui impacte les projets d'investissement.
Tensions persistantes avec la Collectivité de Corse
Le climat de tension entre les différents acteurs politiques s'est intensifié, Pierre-Laurent Audisio, 9e adjoint au maire, rappelant à l'opposition son appartenance à une majorité endettée. “Vous avez également augmenté les impôts lors de votre mandat,” a-t-il lancé. Ainsi, la réunion n'a pas été exempte de piques et d'interventions vives, chaque camp blâmant l'autre pour la situation actuelle.
Ce débat sur l'orientation budgétaire, bien que non soumis à vote, préfigure la discussion qui entachera le prochain budget primitif du 23 avril. Le maire Sbraggia appelle à une meilleure collaboration entre les entités politiques pour alléger le fardeau fiscal sur les contribuables, déplorant le manque d'intelligence collective entre les collectivités.







