Le défi du transport interurbain à Mayotte : vers une mobilité améliorée

Un nouveau réseau de bus à Mayotte pour désengorger l'île et faciliter les déplacements.
Le défi du transport interurbain à Mayotte : vers une mobilité améliorée

À midi, le bus de la ligne M1 quitte l'embarcadère de Mamoudzou, transportant une dizaine de passagers. Climatisation en marche, et musique de Mayotte la 1ère, il se dirige vers Dzoumogné, au nord de l'île. Le trajet promet une expérience pleine de trafic à travers Kawéni et Koungou.

Depuis le 22 mai, Mayotte a lancé son premier réseau de transport interurbain, dénommé M'Safara, qui propose deux lignes principales connectant Mamoudzou au sud, en direction de Chirongui, et au nord vers Dzoumogné. Deux autres lignes desservent également Petite-Terre, où se situe l'aéroport.

D'ici la fin de l'été, six nouvelles lignes seront ajoutées, portant à 92 le nombre total d'arrêts dans les villages voisins. Ce projet, évoqué depuis plus de dix ans, a été ralenti par des catastrophes naturelles, notamment le cyclone Chido en 2024 qui a gravement affecté l'île, comme le souligne Ali Omar, vice-président de l'Assemblée de Mayotte.

Avec seulement 27% des ménages possédant une voiture, selon l'Insee, contre 81% dans l'Hexagone, le besoin d'une solution de transport est palpable. Les embouteillages autour de Mamoudzou sont tels que de nombreux habitants doivent quitter leur domicile dès 4h00 pour arriver à l'heure au travail.

"L'objectif principal est d'assurer à chacun la possibilité de se déplacer", affirme Moussa Abdou, directeur des transports au conseil départemental. Ali Omar renchérit, "la mobilité doit être un vecteur de cohésion sociale".

Les passagers de la ligne M1 semblent apprécier ce nouveau service. Lydia Andriano, qui prend le bus trois fois par semaine, préfère délaisser sa voiture. "Les embouteillages me poussent à choisir le bus", explique-t-elle. L'extension de la ligne vers le nord lui paraît bénéfique pour les résidents de cette zone.

Madi Saindou Ben utilise M'Safara pour la première fois et souligne que ce service est essentiel pour ceux qui n'ont pas de véhicule. Avant, il prenait un taxi, mais avoue que la circulation matinale est devenue ingérable.

Malheureusement, le réseau fait face à des défis, y compris le vandalisme. Le service proposé par la communauté Dembéni-Mamoudzou (Cadema) a vu ses horaires réduits en raison d'attaques contre les bus en soirée. "Nous avons dû stopper le service à 18h00", note Mouhamadi Moussa, responsable d'exploitation.

Le conseil départemental vise une circulation jusqu'à 20h00, malgré les problèmes de délinquance. Ali Omar est convaincu qu'augmenter le nombre de passagers dans les bus pourrait réduire les risques d'attaques. "Il est préférable d'être nombreux dans un bus que seul dans une voiture, surtout face à des jeunes en quête de sensations", déclare-t-il.

Malgré l'enthousiasme général, un constat persiste : le bus ne peut à lui seul résoudre tous les problèmes. Le trajet vers Dzoumogné a duré jusqu'à 1h20, bien au-delà des 30 minutes prévues. Yssouf Dhoimir, coincé dans le trafic de Majicavo Lamir, exprime ses doutes quant à l'efficacité du bus pour résoudre la congestion. "C'est une solution temporaire; ce qu'il faut, ce sont de nouvelles routes", conclut-il.

Au terminus de Dzoumogné, l'agent de M'Safara note que les visites restent limitées, mais les curieux commencent à s'informer. Madi Saindou Ben prend déjà son ticket pour le lendemain, reconnaissant que voyager en bus est moins épuisant qu'en voiture, malgré les embouteillages rencontrés.

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