Un tribunal militaire indonésien a prononcé mercredi des peines de prison ferme allant de 18 mois à trois ans à l'encontre de quatre soldats, reconnus coupables d'avoir attaqué à l'acide Andrie Yunus, un militant des droits humains.
Mi-mars, Andrie Yunus, coordinateur adjoint de l'ONG Kontras, a été gravement blessé après cette attaque, qui lui a coûté l'usage d'un œil. Il avait récemment critiqué la montée en puissance de l'armée dans les affaires gouvernementales.
Après la demande des procureurs militaires de deux ans et demi de prison pour chaque accusé, le jugement a été rendu. Andrie, 27 ans, venait de terminer un enregistrement de podcast sur cette influence militaire lorsqu'il a été ciblé.
Les agresseurs, âgés de 40 à 45 ans et membres de l'Agence de renseignement stratégique (BAIS), ont été arrêtés, entraînant la démission de leur supérieur. Deux des soldats ont même été expulsés de l'armée pour leur "conduite arrogante", a précisé le juge Fredy Ferdian Isnartanto.
Selon le magistrat, les soldats n'ont pas agi sur ordre, mais par vengeance personnelle après qu'Andrie et un autre militant aient interrompu une réunion parlementaire en 2025 pour s'opposer à la révision de la loi sur les forces armées.
Cette révision, votée au dernier parlement, a élargi le champ d'action des militaires à 14 ministères, contre 10 auparavant, alimentant les tensions avec des groupes activistes.
Le procureur Wasinton Marpaung a qualifié les actes des accusés d’"extrajudiciaires", soulignant la gravité de la situation.
Néanmoins, Amnesty International a dénoncé ce jugement comme étant une "dissimulation flagrante". Selon le directeur d'Amnesty Indonésie, Usman Hamid, la véritable chaîne de commandement des coupables n'a pas été explorée, déplorant que des enquêtes préliminaires indiquent qu'au moins 14 individus auraient été impliqués.
Des militants, dont M. Andrie, ont réclamé un procès civil, craignant que l'affaire soit réduite à un simple incident dans un pays où la justice à l'égard des agressions contre les défenseurs des droits humains est rare.
Andrie a choisi de ne pas assister aux audiences, exprimant une méfiance envers le tribunal et des préoccupations de santé. Au cours du procès, l'un des juges justifiait l'agression comme une tentative de "donner une leçon" au militant.
En parallèle, le parlement a récemment voté une réforme controversée sur la loi concernant la police nationale, soulignant une tendance inquiétante vers un pouvoir accru de la police similaire à celui de l'armée.
Amnesty International a tiré la sonnette d'alarme sur un tournant "autoritaire" du gouvernement de Prabowo Subianto, signalant une alarmante montée de la désinformation à l'encontre des journalistes, militants et universitaires en raison de leur engagement pour les droits humains.







