Une avancée significative pour les Antillais : le Parlement a officiellement adopté, ce mardi, une loi reconnaissant la « part de responsabilité » de l’État dans le scandale du chlordécone qui a touché la Guadeloupe et la Martinique. Ce texte, proposé par le député socialiste guadeloupéen Elie Califer, a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale, récoltant 236 voix en faveur.
Utilisé dans les cultures de bananes jusqu'en 1993, malgré des mises en garde sur sa dangerosité, le chlordécone a contaminé plus de 90 % des adultes dans ces deux territoires selon l'Agences nationales de sécurité sanitaire (Anses). En 2021, l'agence établissait même un lien probable entre ce pesticide et le cancer de la prostate. « Le monde savait, » a affirmé Elie Califer, dénonçant le fait que la France ait ignoré les signes d’alerte en sacrifiant les Antilles.
Rétablir la confiance avec les Antillais
Avant le vote, Califer a déclaré : « Ce compromis aidera à restaurer la confiance profondément abîmée. » Il a également souligné la nécessité d'un traitement équitable entre les territoires ultramarins et la France métropolitaine, ajoutant que « si un tel empoisonnement avait eu lieu en métropole, l’Etat aurait reconnu sa responsabilité bien plus tôt. »
La loi stipule que l'État reconnaisse sa « part » de responsabilité dans les préjudices causés par cette pollution. Initialement plus ferme, la formulation a été assouplie lors de son passage au Sénat. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a tenu à rappeler que « des décisions avaient été prises et des alertes émises, mais que les protections nécessaires n'ont pas été mises en place. »
Un avenir incertain pour l’indemnisation
Cependant, la question de l’indemnisation des victimes reste floue. Bien que la loi annonce des objectifs précis, elle ne prévoit pas de mécanismes de réparation immédiats. « Reconnaître la responsabilité de l’Etat est un pas vers la vérité, mais il reste encore à construire un système de réparation juste et solide, » a souligné Moutchou. Une inspection interministérielle se déplacera prochainement en Guadeloupe et en Martinique pour évaluer les modalités de cette réparation.
De plus, le texte prévoit diverses actions pour dépolluer les terres et les eaux contaminées, tout en favorisant la recherche scientifique sur les maladies affectant particulièrement les femmes dans ces régions. La cour d'appel de Paris doit aussi statuer le 22 juin sur la réouverture de l’enquête judiciaire liée au chlordécone après des recours de parties civiles contre le non-lieu constaté dans cette affaire.







