Dans la Baie de Somme, les six bateaux spécialisés dans la pêche de la civelle, ancrés aux ports du Crotoy, de Saint-Valery-sur-Somme et du Hourdel, se retrouvent confrontés à une situation sans précédent. Alors qu'ils devaient reprendre le travail le 1er février, un arrêté de la préfecture de la Somme les en empêche, plongeant les pêcheurs dans le flou.
“Sur les six bateaux, quatre ne sont dédiés qu'à la civelle, tandis que les deux autres pêchent également des crevettes, mais en quantité limitée”, déclare Pierre Vallé, marin-pêcheur et porte-parole des civelliers des Hauts-de-France. Ce dernier attend avec impatience une réunion à Amiens, organisée par la préfecture et le conseil départemental, pour en savoir plus sur la décision des autorités.
Une décision contestée par la profession
Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches Hauts-de-France, ne cache pas son mécontentement face à la situation : “Nous ne comprenons pas pourquoi la préfecture a choisi de ne pas renouveler l'autorisation, surtout sur recommandation du conseil départemental, alors que cela n'a jamais été un problème auparavant. Pourquoi le conseil départemental intervient-il dans ces affaires sans consultation des professionnels ?”
La pêche à la civelle est strictement réglementée, avec des quotas révisés tous les deux ans. Pour la période 2025-2026, la France a fixé un quota de 22 tonnes, dont 220 kilos pour le bassin de l'Artois-Picardie, soit environ 1% du volume national. “L'anguille est classée sur la liste rouge de l'UICN, étant même plus menacée que le tigre du Bengale,” explique Aryendra Pawar, directeur de la fédération de pêche de la Somme. “Nous demandons un moratoire d'au moins cinq ans pour permettre à cette espèce de se rétablir. Bien que cela pose des défis économiques pour nous, l'État a prouvé qu'il pouvait compenser les pertes liées à la protection des dauphins dans le Golfe de Gascogne, il devrait faire de même pour l'anguille.”
Cependant, les pêcheurs contestent cette vue. “Les effectifs de civelles augmentent, et l'année dernière a été exceptionnelle, nous avons atteint notre quota en seulement trois marées,” insiste Pierre Vallé. “Mon père a exercé ce métier pendant trente ans et je suis dans la profession depuis quinze ans. Je n'ai jamais observé une telle abondance de civelles.” Selon lui, le véritable problème réside dans la prédation, notamment par les silures, ainsi que dans l'entretien des barrages.







