Dans le village d’Echkar Tagaza, aux portes du désert, l’hebdomadaire nigérien Aïr Info a mis en lumière une école primaire ouverte il y a plus de deux décennies. Bien que les dunes de sable menacent inéluctablement les infrastructures, cette école reste un symbole de résilience.

Un dimanche après-midi, l’école est déserte. Quelques villageois s'asseyent sur le sol poussiéreux, tandis qu'une brise soulève des grains de sable. Le seul bâtiment fonctionnel, transformé temporairement en entrepôt, est le témoin d’événements à venir, comme la cérémonie d'intronisation du chef de tribu Ifaden.

Inaugurée en 2005, l’école a temporairement utilisé des paillotes pour accueillir les élèves. “Nous étudiions sous ces abris fragiles avec des ressources limitées,” se rappelle Attaher Moussa, un ancien élève. En 2006, une première salle de classe en dur a été construite grâce à l'État, mais les assauts du temps ont eu raison de cette avancée : aujourd’hui, le bâtiment est en ruine.

Avec le soutien de l'association Les Enfants de l’Aïr, d'autres infrastructures ont été réalisées, incluant une deuxième salle de classe et des dortoirs. Cependant, ces constructions ont également succombé aux dunes, laissant place à une seule salle de classe encore en service, où le plafond se détériore.

Malgré ces conditions précaires, l'école a réussi à faire sortir sa première promotion en 2012, une fierté pour ce petit village isolé. Parmi les anciens élèves, certains ont poursuivi leurs études et sont devenus enseignants ou agents de santé. “Sans cette école, je ne serais probablement pas devenu professeur,” avoue Attaher, aujourd'hui enseignant à Intawaghré, distant de 70 kilomètres.

Situation critique : aucun nouvel élève cette année

Actuellement, l’établissement est dans une situation critique avec un seul enseignant pour deux niveaux, le CP et le CE2, réunis dans une même classe. Le directeur, Assaleh Djibrilla, indique que l'école compte seulement 24 élèves, dont neuf filles. “Nous ne pouvons recruter de nouveaux élèves, faute de salles supplémentaires,” ajoute-t-il.

Les besoins sont pressants : salles de classe, tables-bancs, dortoirs et d'autres infrastructures sont nécessaires. Le directeur rêve également d’un jardin scolaire pour améliorer l’alimentation des enfants.

Alhassane Kamata, président du Comité de gestion de l'école, observe avec préoccupation l'environnement dégradé. “L'école représente notre avenir. Nous avons besoin d'aide extérieure,” confie-t-il.

Une école qui manque de tout, sauf de volonté

Un épisode tragique marqua l'histoire de l'école en 2013, lorsque l'unique enseignant décéda peu avant les examens très importants. Les élèves ont été transférés à Aderbissinat grâce à l'ONG Homme, environnement et développement (HED-Tamat), qui a assuré leur suivi jusqu'aux épreuves finales. Mano Aghali, président de l'ONG, le considère comme l'un des plus grands succès de leur mission.

Dans un contexte où le désert avance, les conditions de vie restent difficiles. Les habitations sont précaires, et le centre de santé local est limité lui aussi, complexifiant l'accès à l'éducation.

Rassemblés dans la cour de l’école, des anciens élèves se remémorent leur parcours. “La connaissance acquise ici, personne ne peut nous la retirer,” dit l'un d’eux, devenu enseignant. Aujourd’hui, bien que l'école d’Echkar tienne bon, son avenir reste incertain, car sans ressources ni soutien, la lutte pour l'éducation continue.