Les métiers à la SNCF, qu'il s'agisse des conducteurs de trains, des techniciens sur le terrain, ou des agents de bord, sont notoirement à risque. Le rapport d'accidents du travail a connu une augmentation significative. En effet, la SNCF a comptabilisé plus de 7.000 accidents l'an passé, une hausse inquiétante pour les syndicats.
"En 2025, l’accidentologie globale a connu une hausse de 15,9%, atteignant 6.811 incidents, mais lorsqu'on inclut les filiales telles qu'Hexafret et Technis, le total monte à 7.151 accidents de travail, soit une augmentation de 21,7% par rapport à 2022," déclare Sud Rail, pointant du doigt ce phénomène préoccupant.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes avec un bilan des accidents ces dernières années :
- 4.760 accidents en 2022, dont 3.105 avec arrêt de travail
- 5.444 accidents en 2023, dont 3.141 avec arrêt de travail
- 5.877 accidents en 2024, dont 3.000 avec arrêt de travail
- 7.151 accidents en 2025, dont 3.235 avec arrêt de travail
Ce constat est d'autant plus alarmant dans un contexte de réduction des effectifs de 3%. Cela signifie que les employés sont soumis à des conditions de travail de plus en plus difficiles, amplifiant leur fatigue, leurs charges physiques et psychologiques, expose Sud Rail.
Les conducteurs et les agents de bord parmi les plus touchés
Quelles sont précisément ces accidents ? D’après la SNCF, ces incidents sont souvent liés à des accidents de personnes sur les voies et à des actes de violence subis par le personnel. Cependant, la société n'a pas détaillé les accidents ayant conduit à un arrêt de travail, ceux-ci étant jugés les plus critiques.
Les chiffres montrent une montée préoccupante des violences, qui ont causé 457 arrêts de travail. Les agents de sûreté ferroviaire, en particulier, sont en première ligne, statistiques à l'appui avec une hausse de 24,6%. Les chutes et glissades dues à des environnements mal entretenus représentent également un nombre important d'accidents.
La direction affirme cependant que la sécurité des travailleurs demeure prioritaire. Selon elle, bien que le nombre d'accidents ait augmenté, une réduction de 4% des accidents avec arrêt a été constatée depuis 2021.Sur un autre front, la SNCF a décidé de lier une partie de la rémunération des employés à une prime de performance, conditionnée au nombre d'accidents de travail avec arrêt. Cette démarche soulève des préoccupations parmi les syndicats, qui y voient une forme de pression induisant les agents à ne pas déclarer certains accidents pour préserver leurs primes.
"Ce mécanisme n’est rien d’autre qu’une incitation à minimiser les déclarations d’accidents,"
Un technicentre en Picardie a mis en place que les employés perdent un tiers de leur prime s'ils dépassent six accidents de travail avec arrêt en un an. Cette nouvelle politique s’ajoute à un climat de stress déjà palpable dans l'entreprise, qui, selon les syndicats, découle d’une détérioration structurelle des conditions de travail.
Les syndicats dénoncent également des contradictions dans le discours de la direction qui prône une "Vigilance Partagée" tout en incitant, à travers des primes, les travailleurs à ne pas faire remonter des situations dangereuses. La direction a reconnu dans un document interne que cette prime repose en partie sur la sécurité et a même suggéré que cela pourrait encourager les agents à être plus attentifs aux questions de sécurité.
Un drame humain en parallèle
Le climat de travail à la SNCF est également assombri par une hausse des suicides, avec 12 cas depuis le début de l'année. Bien que la direction ne puisse établir de lien direct entre la détérioration des conditions de travail et ces tragédies, les syndicats continuent de tirer la sonnette d'alarme face à la dégradation du cadre de travail, largement exacerbée par des pressions de productivité et des restructurations internes.







