La Banque centrale européenne (BCE) est sur le point de devenir la première grande banque centrale à augmenter ses taux d'intérêt en réponse à l'inflation croissante, exacerbée par le conflit au Moyen-Orient. Cette décision soulève des inquiétudes quant à son impact sur une économie déjà fragilisée.
Selon les analyses des économistes, le taux de dépôt pourrait grimper de 25 points de base à 2,25%, un changement après plusieurs mois de stabilité. Cette attente survient alors que le taux d'inflation dans la zone euro a atteint 3,2% en mai, bien au-dessus de l'objectif de 2% de la BCE.
La guerre entre les États-Unis et Israël et la fermeture du détroit d'Ormuz, point névralgique pour le transport de pétrole, ont provoqué une flambée des prix de l'énergie. En outre, l'inflation hors énergie et alimentation a également surpris, atteignant 2,5% sur un an.
Une enquête récente de la BCE révèle des anticipations inquiétantes : les consommateurs s'attendent à une inflation de 4% dans l'année à venir et de 2,9% dans trois ans. Les prévisions économiques, désormais ajustées à la lumière des récentes tensions géopolitiques, devraient refléter une inflation accrue et une croissance en berne.
Dirk Schumacher, économiste à la banque publique KfW, souligne l'importance d'envoyer un signal fort aux marchés financiers, aux entreprises et aux ménages concernant la vigilance de la BCE face à l'inflation. Cette rapidité d'action vise à éviter les critiques sur un éventuel retard, similaire à celui dont la BCE a souffert en 2022 face à la crise ukrainienne.
En augmentant ses taux, la BCE rentre dans un cycle de durcissement monétaire, espérant ralentir la consommation et l'investissement pour juguler l'inflation. Cependant, plusieurs experts estiment que le timing de cette décision est discutable. Les autres banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, sont calées d'un pas prudente, et la Banque d'Angleterre pourrait maintenir son taux à 3,75% face à un marché du travail affaibli.
« Cela paraît étrange de relever les taux en pleine stagflation », déclare Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. D'autres, comme Eric Dor de l'IESEG School of Management, mettent en garde que cette hausse des taux pourrait non seulement exacerber la contraction de l'activité, mais également être inefficace pour s'attaquer à l'inflation, qui dépend largement des hausses des prix de l'énergie importée.
En conclusion, alors que la BCE se prépare à sa réunion cruciale, scrutinée par les marchés, les attentes se tournent non seulement vers la décision de hausse mais aussi vers des indications sur les futures orientations de la politique monétaire. Dans un climat incertain, un signal clair de resserrement supplémentaire n'est pas à anticiper, avertit Schumacher.







