Un champignon ravageur touche les plantations de bananes en Guadeloupe et en Martinique : la cercosporiose noire. Ce fléau, pour lequel les méthodes de lutte sont limitées, pousse les agriculteurs antillais à considérer les nouvelles techniques génomiques (NGT) comme solution. Le Parlement européen doit se prononcer ce mercredi sur cette question cruciale.
À Capesterre-Belle-Eau, Letycia Lavital se bat contre cette maladie en surveillant de près ses bananiers. Les feuilles jaunies et tachées témoignent de la présence du champignon. La jeune exploitante n’a que deux options : enlever les feuilles affectées ou utiliser un traitement de biocontrôle avec un atomiseur, un exercice difficile sur ses quatre hectares en pente.
Introduite aux Antilles dans les années 2010, la cercosporiose est un véritable fléau. Bien qu’elle ne soit pas mortelle, elle compromet sérieusement la rentabilité des exploitations, menaçant ainsi 530 producteurs en Guadeloupe et Martinique.
La compétition avec les producteurs sud-américains est redoutable. Pierre Monteux, directeur général de l'Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN), souligne le fossé technologique : "Eux ont accès à des drones et à un large éventail de produits phytosanitaires, tandis que nous n’avons presque rien." Au Costa Rica et en Équateur, plus de vingt substances sont autorisées, contre seulement trois en France.
Être à l’écoute des évolutions législatives devient vital. Le vote sur les NGT pourrait changer la donne pour ces producteurs, car ces techniques permettent de modifier le génome de la plante sans intégration d’ADN extérieur, contrairement aux OGM traditionnels. Les nouvelles régulations, suite à un compromis avec d’autres États membres, pourraient diminuer les contraintes imposées aux nouvelles variétés.
Pour l'industrie, qui produit 200.000 tonnes de bananes par an et représente environ 20 % du marché français, cela pourrait signifier l’aboutissement d’une banane résistant à la cercosporiose. En collaboration avec des laboratoires, l'UGPBAN teste déjà des variétés prometteuses, et les premiers résultats semblent optimistes.
Pierre Monteux reste toutefois prudent : "Ces vitroplants pourraient être la clé, mais la transition demandera des années de travail, sans oublier que nous devrons replanter 12 millions de plants sur 6.000 hectares."
La voix de l'expert se fait entendre. Philippe Aliane, directeur général du groupement des producteurs de Guadeloupe, rappelle qu'il est essentiel de garantir que ces nouvelles variétés répondent aussi aux normes de consommation en France.
L’avenir des NGT soulève d’autres interrogations. Denis Loeillet, agro-économiste à l’Observatoire des marchés du Cirad, met en garde contre les promesses excessives : "Nous courons le risque d'une dépendance aux brevets, alors qu'une diversification des cultures pourrait offrir davantage de résilience face aux maladies."
Alors que les discussions s'intensifient au sein du Parlement européen, une majorité semble se dessiner en faveur des NGT. Younous Omarjee, vice-président et député européen, souligne la nécessité de soutenir les régions ultrapériphériques, en particulier pour la banane antillaise. En revanche, certains Verts s’opposent fermement, plaidant pour des solutions durables alternatives à l’introduction d’OGM. Marie Toussaint, eurodéputée, exhorte à débattre autour de ces enjeux cruciaux pour l’autonomie alimentaire et l’emploi local.







