De prime abord, l'appétit des Américains pour la consommation semble inébranlable. Malgré une inflation stable, se chiffrant à 2,7% en décembre, et des hausses de prix notables pour certains biens, la carte bleue des consommateurs reste active. En témoigne la période des fêtes, où les dépenses en ligne ont atteint 257,8 milliards de dollars, un chiffre en hausse de près de 7% par rapport à 2024, selon une récente étude d'Adobe Analytics.
Cependant, cette frénésie d'achat cache un paradoxe inquiétant : les dépenses des Américains croissent plus rapidement que leurs revenus. Selon Bloomberg, les dernières statistiques montrent que les dépenses ont augmenté de 2,6% sur un an en novembre, tandis que les revenus n'ont progressé que de 1%, le taux d'épargne ayant chuté à 3,5%, son niveau le plus bas depuis trois ans.
Un contraste saisissant avec l'Europe
Ce comportement consumériste contraste fortement avec celui observé en Europe, notamment en France où le taux d'épargne s'élève à environ 18%. Malgré une consommation augmentant dans l'Hexagone, les réserves d'épargne restent élevées, soutenues par un climat économique plus stable et des craintes d'inflation atténuées ces dernières années.
Les économistes attribuent en partie cette dynamique à la culture de consommation des Américains, souvent jugée plus risquée. Avec un climat d'incertitude politique croissant, les Français, traditionnellement plus prudents, semblent investir moins dans la consommation et davantage dans leur épargne de précaution.
Des inégalités de consommation grandissantes
Parallèlement, la consommation aux États-Unis est de plus en plus le fait des plus riches. Le rapport de la Réserve fédérale de New York montre que les ménages disposant d'un diplôme d'études supérieures ont significativement augmenté leurs dépenses, tandis que ceux sans qualification académique ont vu leur pouvoir d'achat stagner. Un expert en économiques, Mohamed El-Erian, met en doute la viabilité de cette expansion, soulignant que l'incapacité des ménages à faible revenu à continuer de dépenser menace l'ensemble de l'économie.
"Si les ménages à faibles revenus cessent de dépenser, non pas par manque de volonté, mais par incapacité, cela aura un effet domino sur l’ensemble de l’économie," affirme El-Erian.
Adaptations des entreprises face à la réalité économique
Face à ces défis, certaines entreprises adoptent une approche proactive. PepsiCo a récemment annoncé une baisse des prix sur plusieurs de ses marques, tentant ainsi de répondre aux préoccupations des consommateurs, comme l’a souligné Rachel Ferdinando, directrice générale de PepsiCo Foods U.S. De même, Mondelez s'engage à ajuster ses prix à la baisse face à une demande en mutation, où les consommateurs optent pour des alternatives moins coûteuses.
La polarisation de l'économie américaine est palpable, les données indiquant que Delta Airlines concentre sa stratégie sur la clientèle haut de gamme, qui continue de croître tandis que les segments économiques traditionnels sont en déclin.







