La fameuse "relation spéciale" entre le Royaume-Uni et les États-Unis, nommée par Winston Churchill, se trouve désormais mise à l'épreuve. "Il y a une fragilité croissante dans cette alliance, surtout depuis la réélection de Trump", observe Joséphine Staron, experte en relations internationales, lors d'un entretien avec BFM TV.
La difficulté croissante d'établir un rapport constructif entre le président américain et Keir Starmer, le Premier ministre britannique, ressort clairement. "L'opposition politique entre eux rend la collaboration presque impossible", ajoute Staron.
L'approche mesurée de Keir Starmer envers l'Iran
La réticence du Royaume-Uni à s'engager dans le conflit iranien témoigne d'une stratégie soigneusement réfléchie. Starmer, conscient des répercussions de l'intervention en Irak, s'éloigne des positions plus militantes de Trump, car son électorat refuse la guerre. "Cet appel à la prudence reflète une volonté de maintenir la paix tout en préservant des relations amicales avec les États-Unis", souligne Staron.
Trump lui-même a critiqué la lenteur de Londres à autoriser l'utilisation de ses bases militaires. "Ils ont mis bien trop de temps à céder", déclarait-il à ce sujet, exacerbant les tensions entre les deux nations.
Un rapprochement européen au détriment de Washington
Avec un sentiment national croissant contre le Brexit, Starmer montre un intérêt manifeste pour renforcer les relations avec l'Europe. "Il ne partage pas l'enthousiasme pour le Brexit et cherche à rétablir des liens solides avec l'UE", précise Staron. Un sondage de juin 2025 révèle que 56% des Britanniques regrettent le départ de l'UE, et des études récentes montrent les pertes économiques significatives engendrées par cette décision.
"Historiquement, Londres a jonglé entre les relations américaines et européennes pour maximiser son influence."
Ainsi, une fois le Brexit en place, le Royaume-Uni espérait initialement que les États-Unis seraient son unique allié privilégié. Toutefois, avec le retour de Trump, des signaux indiquent qu'il pourrait se tourner davantage vers l'Europe pour des partenariats commerciaux, économiques et même défensifs.
Selon des données du Trésor public français, l'UE est devenue le principal partenaire commercial du Royaume-Uni, représentant 52% de ses échanges en 2024.
Une nouvelle dynamique militaire avec l'Europe
Dans ce contexte, Londres cherche activement à solidifier sa position au sein de l'Union européenne, notamment en matière de sécurité. En effet, les analystes estiment que la défense britannique est cruciale pour l'intégrité de la défense européenne. L'Élysée indique que la coopération entre Paris et Londres en matière de défense est essentielle pour répondre à des menaces communes, comme l'agression russe en Ukraine.
Dans quelques jours, Keir Starmer et Emmanuel Macron co-présideront une réunion dédiée à la "restauration de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz", illustrant ainsi cette nouvelle coopération. Les deux pays sont en effet déterminés à soutenir des missions multilatérales et pérenniser des relations diplomatiques post-Brexit.
En résumé, le paysage géopolitique entre le Royaume-Uni et ses pairs européens évolue de façon notable, influencé par le retour tumultueux de Trump. Bien que des désaccords subsistent, l'on assiste à un tournant avec une volonté accrue de renforcer les liens au-delà de l'Atlantique.







