Adel Bakawan, directeur de l’institut européen pour les études sur le Moyen-Orient, a analysé, lors de son intervention dans l'émission "Tout est politique" du 23 avril, les répercussions des négociations actuellement en cours à Washington entre des représentants libanais et israéliens.
Franceinfo : Quelles attentes peut-on avoir de ces discussions?
Adel Bakawan : Ces négociations sont cruciales sur un plan symbolique, car elles marquent une interaction directe entre deux nations traditionnellement en opposition. En effet, pour un Libanais, un contact physique avec un Israélien est inacceptable, au point d'être considéré comme un crime.
Le parcours de l'ambassadrice libanaise, d'origine russe et mariée à un Maronite, est également significatif. Cette rencontre représente déjà un tournant, car il s'agit d'une interaction directe entre les deux pays, contrairement aux négociations séparées par intermédiaires, comme cela avait été le cas entre les Iraniens et les Américains à Oman.
Sur le fond, cependant, les obstacles demeurent importants. Les Israéliens conditionnent toute avancée à la demande de désarmement total du Hezbollah, en échange d'une restitution d’une partie du territoire libanais occupé dans le sud.
Cette évidence soulève une question profonde : les autorités libanaises ont-elles réellement le pouvoir de désarmer le Hezbollah, étant donné son enracinement dans la société libanaise? Tant que le Hezbollah, unique parti armé dans le pays, continuera d'exister en dehors du contrôle de l'État, toute discussion avec Israël semble vouée à l'échec.
À cet égard, que préconisez-vous? Il existe, selon Bakawan, principalement deux voies envisageables. La première implique que le Hezbollah se nationalise, se détache de l'influence iranienne et s'intègre davantage dans le tissu politique libanais. Ce processus requiert un abandon progressif de son rôle d'agent des Pasdaran, la force d'élite iranienne.
Il est à noter, cependant, que la confiance envers un groupe comme le Hezbollah, perçu par certains comme une organisation terroriste, pose des défis éthiques significatifs. La question de son autonomie est également centrale puisque, comme indiqué par Bakawan, les ordres proviennent principalement de Téhéran.
Pour conclure, Bakawan souligne que le conflit actuel ne doit pas seulement être perçu comme une guerre des Libanais ; il s'agit également d'une confrontation plus vaste entre l'Iran, d'une part, et les États-Unis et Israël, d'autre part.
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