À seulement 13 ans, Afrah aspire à devenir chirurgienne. Malgré le chaos de la guerre qui ravage son pays, son désir d'éducation reste intact. Elle raconte à l'AFP, depuis le camp d’Al-Hichan près de Port-Soudan, que même lorsqu'elle était privée d'école, elle s'accrochait à ses leçons.
Plus de 25 millions d'enfants vivent au Soudan, représentant presque la moitié de la population, et selon l'Unicef, plus de huit millions sont actuellement déscolarisés en raison du conflit entre l'armée et les forces paramilitaires.
Dans ce camp improvisé, des tentes disposées en carré ont été transformées en salle de classe pour accueillir plus de 1.000 élèves. Un tiers d'entre eux a bénéficié d'un programme accéléré proposé par l'Unicef, permettant ainsi à ces jeunes de rattraper leur retard.
Ici, les rires des enfants résonnent pendant les récréations, mais derrière cela se cachent des histoires de souffrances passées. Beaucoup ont connu la famine et la violence des combats. Selon Mira Nasser, porte-parole de l'Unicef, « Ils arrivent ici effrayés et épuisés, mais peu à peu, leurs dessins et leurs rires reflètent leur résilience. »
Dans une des tentes, des enfants apprennent comment se laver les mains, tandis que d'autres récitent des poèmes en choeur. Une enseignante, elle aussi déplacée, enseigne les bases de la physique-chimie à sa classe, tout en veillant sur son jeune fils.
Awatef Al-Ghaly, professeure d'arabe de 48 ans originaire du Nord-Darfour, se souvient encore des premiers jours de la réinstallation. « Nous étions des dizaines d'enseignants, et nous avons commencé à construire une école à partir de rien », confie-t-elle.
Les élèves sont répartis par niveau et, d'abord assis par terre, ils ont vu leurs conditions s'améliorer grâce à la création de pupitres dans les tentes. Malgré les défis, leur volonté d'apprendre est remarquable. « Même sous la chaleur, ils demandaient des leçons supplémentaires ! » témoigne Souad Awadallah, enseignante d'anglais avec 40 ans d'expérience.
L'accès à l'éducation devient ainsi une forme de protection. Pour ces enfants, cela leur permet de retrouver un semblant de normalité. Mira Nasser évoque des cas où certains avaient oublié les bases de la lecture et de l'écriture : « Cette guerre a durablement blessé nos enfants. »
Fatma, une adolescente de 16 ans, a perdu deux années de scolarité, mais son rêve de devenir psychiatre reste intact. Elle relate, avec émotion, l’histoire de son père, témoin des violences à Khartoum. Les blessures physiques sont également présentes, marquant des enfants qui ont perdu des membres durant les combats.
La crise alimentaire touche aussi ces jeunes, avec plus de 825.000 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë. La violence endémique, notamment sexuelle, complique le retour à l'école pour bien des filles, même hors des zones de conflit.
Pour les élèves d’Al-Hichan, l'éducation pare à leur avenir en dépit de la mélancolie du passé. Ibrahim, 14 ans, évoque sa nostalgie pour son ancienne école, mais reste déterminé à devenir ingénieur pétrolier. Rizeq, un fervent supporter de Manchester United, demande avec courage plus de cours d'anglais, nuançant l'espoir de ses camarades avec sa fragilité.







