Lula da Silva a atterri à Washington mercredi, se préparant à une rencontre avec Donald Trump menée par des enjeux délicats. À quelques mois des élections brésiliennes d'octobre, il cherche à redonner un coup de fouet à son image.
Cette entrevue entre les deux dirigeants est planifiée pour jeudi matin à la Maison Blanche, dans un contexte de relations souvent compliquées entre Brasilia et Washington. Malgré leurs divergences idéologiques, une certaine complicité personnelle est reconnue.
Lors de leur première rencontre officielle au mois d'octobre dernier en Malaisie, une ambiance cordiale avait régné. À cette époque, les États-Unis avaient également commencé à lever des sanctions imposées au Brésil, suite aux problèmes judiciaires rencontrés par l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, un fervent soutien de Trump, actuellement incarcéré.
Cependant, le contexte international a évolué. Les États-Unis ont orchestré des changements en Amérique Latine, notamment en intervenant au Venezuela, tandis qu'une montée des tensions avec l'Iran a aussi marqué ce scénario politique.
Lula, qui a récemment accusé Trump de vouloir "devenir l'empereur du monde", a vigoureusement dénoncé l’ingérence américaine dans les affaires étrangères. "Je suis opposé à toute manipulation politique, quel que soit le pays concerné", a-t-il affirmé le mois dernier.
Âgé de 80 ans, Lula se dirige vers Washington à un moment où sa position politique au Brésil est affaiblie, avec plusieurs revers au Parlement. Les sondages montrent qu'il est désormais en compétition serrée avec Flavio Bolsonaro, fils de son prédécesseur.
L'objectif de Lula est de "développer une relation personnelle avec Trump", ce qui pourrait atténuer les risques d'ingérence américaine dans le processus électoral, selon les analyses d'Oliver Stuenkel, professeur en relations internationales à la Fondation Getulio Vargas à Sao Paulo.
Le député Rubens Pereira Junior, membre du Parti des travailleurs de Lula, se montre optimiste quant à cette rencontre, estimant que l'invitation vient de Trump, marquant ainsi la fin d'une période de conflits entre les deux nations.
- Crime organisé -
La sécurité, notamment la lutte contre le crime organisé, fait partie des principales préoccupations des électeurs brésiliens. Cette thématique sera centrale lors de la réunion des deux présidents.
Le ministre brésilien des Finances, Dario Durigan, a indiqué que le Brésil cherchait à intensifier sa coopération avec les États-Unis pour lutter contre le trafic de drogue. Un accord a été signé en avril dernier pour favoriser cet objectif, incluant le partage de données sur les contrôles de conteneurs entre les deux pays.
Trump a mis en avant la lutte contre le "narcoterrorisme" comme une priorité de son mandat, désignant certaines organisations criminelles comme des menaces terroristes.
Selon Oliver Stuenkel, le Brésil souhaite prouver son engagement dans la lutte contre les cartels afin de diminuer le risque que les deux principaux gangs du pays soient classés en tant qu'organisations terroristes par Washington.
Rebecca Bill Chavez, présidente du groupe de réflexion Inter-American Dialogue, souligne que les États-Unis considèrent ces groupes comme des réseaux criminels sophistiqués, ce qui engendre de véritables inquiétudes au Brésil concernant ses implications juridiques et politiques.
- Terres rares -
La rencontre entre Lula et Trump portera également sur la question des ressources brésiliennes en terres rares, essentielles à l’industrie technologique. Le Brésil détient les deuxièmes plus grandes réserves au monde, derrière la Chine.
Le ministre Durigan a précisé que malgré la recherche d’investissements étrangers, le pays vise à promouvoir l’industrialisation pour créer des emplois hautement qualifiés.
Les États-Unis mènent également une enquête sur des pratiques commerciales du Brésil qui pourraient nuire à leurs entreprises, notamment en ce qui concerne le système de paiement Pix, qui a connu un succès retentissant depuis son lancement en 2020, dépassant même l’usage des cartes bancaires.







