Fascinants et appétissants, les fruits en trompe-l'œil captivent les gourmands du monde entier. Cette tendance, qui a pris d'assaut les réseaux sociaux, cache pourtant une tradition séculaire sicilienne : la Frutta di Martorana, un savoir-faire qui remonte aux couvents de Palerme dès le Moyen Âge.
Difficile de ne pas se laisser séduire par ces œuvres d'art comestibles. Les pâtisseries en trompe-l'œil suscitent des files d'attente impressionnantes dans de nombreuses boulangeries. Leurs créations, rendues célèbres par des chefs tels que Cédric Grolet, sont aujourd'hui célébrées sur la toile, attirant des millions d'adeptes à travers le globe. Peu savent cependant que ces desserts artistiques s’inscrivent dans l’une des plus anciennes traditions culinaires d’Italie.
Un savoir-faire entre sculpture et pâtisserie
La Frutta di Martorana, une confiserie façonnée à partir de pâte d'amande, est véritablement un art à part entière. Dans sa pâtisserie de Palerme, Angelo La Placa révèle cette technique qu'il perfectionne depuis l'âge de 14 ans. La clé ? Une pâte réalisée avec des amandes de Sicile, du sucre et du miel. Tout doit être comestible, poussant le pâtissier à faire preuve d'ingéniosité. “Pour le bas de la poire, j'ajoute un clou de girofle. Ça se mange et c'est très réaliste,” explique-t-il.
La fabrication implique aussi des outils de cuisine traditionnels, utilisés pour sculpter chaque fruit avec minutie. “Pour créer une pêche, on utilise un pinceau pour un effet naturel, et une fourchette permet de recréer les rainures de la châtaigne,” partage Angelo. Ensuite, il applique les couleurs, en expliquant : “Tous les fruits sont d'abord recouverts de jaune pour mieux nuancer les couleurs.” Grâce à des pigments variés, il parvient à donner vie à un verger entier.
Après plusieurs jours de retouches et de vernis, les faux fruits prennent place dans la vitrine, prêts à être dégustés. “La partie extérieure est moelleuse et savoureuse, tandis que l'intérieur est plus sucré,” confie une cliente émerveillée par ce délice. Une autre ajoute : “On dirait une vraie grenade, c'est impressionnant.”
Une tradition née dans un couvent médiéval
Le savoir-faire de ces fruits en trompe-l'œil trouve ses racines dans un couvent historique de Palerme, au Moyen Âge. Maria Oliveri, historienne, raconte : “Les sœurs, désespérées par un jardin dénudé un jour d'automne, ont eu l'idée ingénieuse de créer de faux fruits pour impressionner un homme de passage. Leur ruse a procuré une surprise mémorable.”
Ces confiseries ont été produites jusqu'en 2014, année où le cloître s'est transformé en pâtisserie, accueillant admirateurs et gourmands du monde entier.







